Introduction

L’abbé Lacuria (1806-1890) est une figure plutôt inaperçue du tumultueux XIXe siècle. Si certains ont pu en entendre parler, c’est qu’ils ne se sont pas intéressés à l’histoire, ni à la politique, ni à la société ou à l’Église catholique du XIXe siècle ; encore moins à la théologie, à la philosophie, à l’éthique, à l’esthétique, à la psychologie, aux sciences de l’éducation ou à la métaphysique, ni non plus à la mystique – tous domaines de prédilection de l’abbé Lacuria. En effet, très curieusement, les seuls domaines où Lacuria a pu être récemment mentionné – dans le dernier tiers du XXe siècle –, ce sont ceux du romantisme, de l’ésotérisme, et de l’occultisme.

Avec l’ésotérisme, musical ou non, arithmologique ou pas, scientifique ou amateur, on trouve les universitaires Jean-Pierre Laurant, Jean-Pierre Brach et Joscelyn Godwin, d’une part, et les écrivains Raymond Christoflour et Jean-Pierre Bonnerot, d’autre part ; avec le romantisme, c’est Franck Paul Bowman que l’on croise ; enfin, avec l’occultisme, c’est Robert Amadou, le plus prolixe, qui se dresse en promoteur d’un Lacuria qui serait théosophe et magicien.

Si l’on remonte dans le temps jusqu’à la Belle Époque, voire à la fin du XIXe siècle, Lacuria est déjà tenu pour un ésotériste de la quatrième époque par Albert Jhouney1, un hermétiste par Camille Mauclair, un « occultique » par Marcus de Vèze, un occultiste par François Jollivet-Castelot, un kabbaliste par un politicien régionaliste de la France d’Oc, par Papus, ou encore par Jacques Marion… Lacuria fait même partie des mages, pourtant triés sur le volet, sous la plume du Sar Péladan, aussitôt repris par Huret, Henri Nizer, Etienne Cornut, Sergines, Pierre Janet… la liste pourrait être plus longue !

C’est-à-dire que Lacuria se rencontre principalement là où il n’a pas été vraiment, tant et si bien qu’on aurait pu craindre non pertinent d’en parler au sein de Politica Hermetica ! Par chance, Lacuria a été prêtre toute sa vie, et, de plus, quelque peu théologien, véritable métaphysicien et mystique authentique. C’est-à-dire que loin d’être le prêtre qu’on attend au XIXe siècle selon les historiens : c’est-à-dire une figure sociale forgée aux feux de la réforme sulpicienne et conforme au modèle attendu, loin donc d’une telle posture compassée, Lacuria embrasse tout l’ésotérisme intrinsèque au catholicisme, et cela – c’est au XIXe siècle, nous semble-t-il, un tour de force – tout en échappant à l’ensemble des réductionnismes de son époque : rationalisme, fidéisme, traditionalisme, prophétisme, apocalyptisme… (voire royalisme, pour sa composante éventuellement sacrée).

Comme, par ailleurs, il se préoccupe de la société, de la politique, de l’éducation, de l’économie, certes en amateur, Lacuria s’avère in fine un sujet très pertinent dans le cadre de l’étude des liens entre l’Hermeticus et le Politicus. Nous allons dire quelques mots de sa biographie, avant d’illustrer ces liens sur plusieurs points significatifs.

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Biographie

Lacuria naît à Lyon – ce qui pourrait ne pas être insignifiant – en janvier 1806 et est aussitôt baptisé dans l’église de Saint-Nizier, où Ballanche le fut trente ans auparavant. C’est une famille d’origine piémontaise, dont on trouve les premiers membres en Savoie dès 1625, et dont une branche descend sur Lyon au XVIIIe siècle. Le père de Lacuria est orfèvre-bijoutier comme ses deux frères, sa mère est orpheline et tisseuse. Lacuria est le troisième enfant sur une fratrie de cinq survivants ; deux de ses frères seront des peintres ingristes, une sœur institutrice et une autre, qui lui survivra de trois ans, la fondatrice d’une maison de retraite dirigée par des religieuses auxiliatrices.

La petite enfance de Lacuria se passe au début du Ier Empire, lorsque « les citoyens qui s’éloignaient des églises par incrédulité commencent à s’y montrer au moins par convenance »2, ce qui n’est bien sûr pas le cas de sa famille très pieuse. La première Restauration, ensuite, avec le ministre Fontanes3  qui veut faire de la religion « l’âme de toute l’éducation »4, va permettre à Lacuria de faire ses études dans un Petit séminaire. C’est là qu’il ajoutera « Paul » à ses deux prénoms : François, Gaspard.

Lacuria intègre ensuite, en 1826, le Grand séminaire Saint-Irénée de Lyon et sera formé, au côté du supérieur Gardette, par l’un des « pères du clergé lyonnais »5 : l’abbé Duplay, « le type parfait du sulpicien du XIXe siècle »6. S’il n’est finalement ordonné qu’en 1836, comme prêtre séculier diocésain, c’est que Lacuria interrompt son séminaire en 1829 et jusqu’en 1834. En en restant aux documents et aux faits avérés, il a pu être très brièvement conscrit, mais pourrait surtout, comme d’autres, avoir pâti d’une interruption de sa bourse d’études. Il s’engage alors dans le mouvement lyonnais du catholicisme libéral – dont il deviendra le président local – et participe au mouvement de L’Avenir pour la liberté de l’enseignement, tout en enseignant à la manécanterie de Saint-Nizier – « manécanterie, c’est-à-dire un Petit séminaire donnant aux pauvres accès au collège et ainsi dénommé pour contourner la loi. C’est la future école du Petit Chose, où l’on apprend, écrit Daudet, davantage à servir la messe que le grec ou le latin7.

Il participe alors, en 1833, à la fondation du collège d’Oullins, d’où il finira son séminaire afin d’être ordonné, et où il restera jusqu’en 1847. Ce sont sans doute les plus belles années de sa vie. Il établit avec les enfants des liens qui deviendront des amitiés indéfectibles et en invente le concept d’art vivant, qui est celui de l’éducation. Ce concept ne transparaît pas dans son opuscule De l’Église, de l’État et de l’enseignement, mais sera partie du livre de sa vie Les Harmonies de l’être, qui paraîtront tous deux en 18478. Forcé par ses collègues de choisir entre faire éditer son grand livre et rester au collège d’Oullins, Lacuria va opter pour le mirage parisien. Là, il va mener pendant quarante ans une vie pauvre près du Panthéon, vie consacrée à l’écriture de textes qui ne seront jamais publiés, à une participation assidue aux concerts des élèves du Conservatoire instaurés par François-Antoine Habeneck (en 1828), et poursuivis par son successeur (de 1842 à 1871) : Daniel Auber. Le très grand nombre d’amis qu’il rencontre chaque semaine, peintres, musiciens, astrologue, anciens élèves, médecins, militaires, fait que l’on peut lui prêter le qualificatif d’« ermite mondain », qui a pu être celui de Pascal qu’il admire et qui est d’ailleurs enterré à l’église Saint-Étienne-du-Mont, la paroisse où Lacuria est prêtre surnuméraire.

L’association des anciens élèves lui verse une pension à compter des années soixante et lorsqu’il va tomber malade, vers ses quatre-vingt ans, son retour au Collège d’Oullins sera organisé. Il y mettra la dernière main à la réécriture des Harmonies de l’être, qui aura occupé toute sa vie et qui bénéficieront d’une édition posthume en 1899, neuf années après sa mort.

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Liens entre « ésotérisme » et « politique »

Il y a trois thèmes au moins qui illustrent, chez Lacuria, les relations particulières entre l’ésotérique et le politique : sa façon d’être prêtre dans la société, d’abord – qui peut être mise en relation avec la formation sulpicienne alors à l’œuvre au Grand séminaire Saint-Irénée de Lyon –, sa façon d’envisager la théologie, ensuite  – qui peut être confrontée à ce qu’on a appelé l’« École mystique de Lyon » –, et sa pensée politico-sociale, enfin – que l’on peut mettre en regard des pensées menaisiennes, fouriéristes, ou saint-simoniennes ; comme indiqué, et spécialement dans le cas de Lacuria, « ésotérique » est pris ici surtout au sens d’une religion catholique qui permet une métaphysique de sa théologie, une mystique orthodoxe, et qui encourage la sainteté comme la voie spirituelle à laquelle chaque baptisé est invité ; quant à « politique », le terme est pris au sens de la polis, la société au sens large.

Conception de sa prêtrise

Commençons par la façon dont Lacuria est prêtre. L’historien voudrait montrer l’influence de la formation sulpicienne sur Lacuria – formation selon laquelle l’apprentissage d’un état (au sens où l’on parlerait aujourd’hui de « catégorie socio-professionnelle ») prévaut sur l’acquisition d’un savoir9, selon laquelle ce sont des mœurs exemplaires, voire compassées, qu’il faut acquérir. On aura du mal à retrouver cette influence chez Lacuria, trop original, voire iconoclaste à sa manière ; en revanche, on peut montrer combien il s’en distingue. À commencer par la motivation fondamentale de Lacuria : il veut « se tourner tout entier vers la misère humaine »10, et cette misère humaine n’est pas pour lui le résultat de dysfonctionnements sociétaux, mais c’est, en langage chrétien, celle qui résulte de la chute de la créature ; de là son engagement quotidien envers les enfants, les plus pauvres que lui, ou les gens qu’il rencontre et qu’il convertit, au passage, au christianisme ; il ne les rencontre jamais du haut d’un statut, il les prend toujours par l’amour – et nombreux auront été ceux qui le lui auront rendu. On a ici Lacuria sous son troisième prénom, choisi au petit séminaire : Paul, comme missionnaire de la charité11. Quant au respect de la discipline et des traditions, que la formation sulpicienne, avec force règlements et conservatisme, aurait dû lui inculquer, le faisant se conformer à la figure-type du prêtre se complaisant dans la société de ses confrères : elle ne se voit en rien. Certes, il fait initialement partie du groupe des quatre prêtres-directeurs du Collège d’Oullins, mais il s’en marginalise aussitôt d’abord par le lien original qu’il établit avec les enfants, quitte à créer quelque jalousie ; par son livre ensuite, qu’il fait d’abord imprimer en secret, c’est-à-dire en marge de ses confrères ; enfin par ses consultations d’une voyante interrogeant pour lui un séraphin. On ne parlera pas, comme différenciant, de l’imposition des mains, puisque celle-ci, sous le vocable : « magnétiser », est attestée tout autant chez son coreligionnaire l’abbé Dauphin, très conformiste lui, et futur évêque.

Par la suite, les seuls prêtres avec lesquels il gardera contact de loin en loin, seront trois amis : les abbés Gay, de Beaufort et Mermet auxquels il faut ajouter Lamennais, et deux anciens élèves, les abbés Mouton et Captier. En revanche, il n’établira pas vraiment de lien avec les prêtres de Saint-Etienne-du-Mont, alors qu’il y dira la messe tous les dimanches pendant trente ans. Surtout, ses amis principaux – voire ses simples fréquentations – seront peintres et musiciens (Gounod, Chausson, d’Indy, Odilon Redon, les frères Flandrin, les Fantin-Latour père et fils…)12, ou des hommes de lettres (Blanc-de-Saint-Bonnet, Paul de Musset, Victor de Laprade…)13 ; il y en a bien d’autres, acteurs dans tous les domaines et que Lacuria fréquentera, notamment, dans le Salon de son amie Berthe de Rayssac.

Il reste la priorité accordée à la piété sur les études14 ; ici encore, la mystique authentique de Lacuria va bien au-delà de la piété, quand bien même il restera toute sa vie assidu à la lecture du bréviaire – jusqu’à, devenant aveugle en 1880, demander à son évêque une dispense –, mais l’obéissance à l’Église n’est pas une caractéristique exclusive de la formation sulpicienne. Pour ce qui concerne les études, Lacuria, au contraire, passera plutôt sa vie à étudier, certes maladroitement, mais pratiquement tout ce qui va lui tomber sous la main. Il y a d’abord Pascal et S. Augustin, ses favoris, puis Thomas d’Aquin, dès avant que le docteur angélique ne revienne en force au premier plan, mais aussi Gioberti recommandé par Lacordaire lui-même, Bossuet aussi bien que Fénelon, naturellement Blanc-de-Saint-Bonnet et les philosophes allemand traduits par Victor Cousin, et on en passe. Ce qui est moins commun, c’est l’intérêt marqué de Lacuria pour toutes les sciences : astronomie, chimie, médecine, voire celles qui n’en seront jamais : physiognomonie, phrénologie, astrologie, et également les médecines aurifères ou par l’électricité, au siècle où la médecine, précisément, abandonne son discours théorétique au profit de l’expérimentation.

C’est en raison de l’intérêt pour les sciences que Lacuria enverra  son livre de synthèse – « synthèse » ambitieuse avec comme sous-titre : « les lois de l’ontologie, de la psychologie, de l’éthique, de l’esthétique et de la physique expliquées les unes par les autres et ramenées à un seul principe » – l’enverra donc, en 1847, en service de presse à des scientifiques reconnus aussi bien qu’à des revues scientifiques : Arago, Becquerel, Raspail, parmi de moins connus, ainsi que Les Annales de la chimie, la Gazette médicale, le Bulletin de l’Académie de médecine. Par ailleurs, en théologie même, il n’hésitera pas, à l’encontre d’un catéchisme réducteur connu des laïcs, de méditer les mystères chrétiens, jusqu’à être faussement accusé de vouloir les expliquer intégralement – ce qui ne fut jamais, très explicitement, ni sa démarche ni sa prétention.

Il faut ajouter à tout cela que Lacuria aura été à tel point réfractaire à sa formation sulpicienne – fût-elle, il faut le dire, une dégénérescence de l’initiale – qu’il conseillera à ses anciens élèves d’en prendre et d’en laisser ; et ce qu’il faut prendre, ce sont S. Augustin et S. Thomas d’Aquin, ce qu’il faut laisser, c’est quasiment tout le reste – à l’exception bien sûr de tout ce qui a trait à la célébration de la messe, laquelle constitue pour Lacuria une dignité infinie15 et une fonction dont même les anges ne sont pas dignes.

On pourrait finir ce portrait de prêtre quasi iconoclaste comparé au dit modèle sulpicien, en citant Berthe de Rayssac :

Il semble que le bon Abbé traîne avec lui tout un chœur de chérubins et qu’il en laisse quelques-uns après lui. Son pauvre bâton recourbé est une belle crosse d’évêque mystique, et sa barbe blanche éclaire son visage candide16

Ou encore le témoignage du chanoine Pisani qui se souvient en 1900 de Lacuria :

À la même époque [il parle des années 1850] apparaît l’abbé Lacuria qui commence à venir dire la messe de midi et demi et qui continuera à le faire pendant près de trente ans. Nous l’avons vu tous, ponctuel et modeste, parlant peu et, à cause de cela peut-être, ayant la réputation d’un grand savant ; tout était mystérieux en lui, jusqu’à ce petit livre usé et même crasseux qu’il tirait de sa poche et remettait au servant de messe, car il fallait lui répondre selon le rite lyonnais, qu’il avait continué à suivre même après l’adoption du rite romain. L’abbé Lacuria est un des derniers prêtres qui aient gardé l’usage de se coiffer du chapeau haut de forme.17

Pensée théologique

Si l’on évoque maintenant les recherches théologiques de Lacuria, son indépendance est ici également fortement marquée. Elle tiendra nécessairement pour une part au contexte de sa formation, et, en l’occurrence, aux lacunes de celle-ci. Ainsi, très probablement, l’insuffisance de la philosophie du séminaire de Lyon aura frustré Lacuria jusqu’à ce qu’il trouve chez Lamennais à la fois le cœur de ses recherches et la solution à toutes les questions : une idée de la Trinité, qu’il va retravailler à nouveau frais (« à nouveau frais », car la Trinité de Lacuria n’est pas philosophique comme celle de Lamennais, elle reste théologique, quand bien même elle s’exprime métaphysiquement, ou plutôt même mystiquement). Ici, Lacuria est celui de son premier prénom : François, « doux et mystique », dira l’académicien lyonnais Joseph Serre en comparant Lacuria à François d’Assise. À la douceur correspond la synthèse systématique qui, à la suite de S. Irénée, va voir dans la création l’œuvre des deux mains de Dieu18, et ce, chez Lacuria, jusque dans la molécule de la chimie moderne, qui révèle ce qui relève du Fils et ce qui relève du Saint-Esprit.

À la mystique correspond tout ce qui va heurter ses coreligionnaires : sa tentative de synthèse entre Création et panthéisme sous l’appellation ô combien maladroite d’« unité de substance », ou sa définition bien particulière de la philosophie comme possibilité de l’harmonie entre la science et la foi – c’est-à-dire, en fait, une théologie mystique, directement dionysienne19 –, ou encore sa conception des ordres naturels et surnaturels en ce qu’ils ne sont pas en exclusion réciproque. Ici Lacuria va précéder le cardinal de Lubac, mais n’aura pas plus de succès, au siècle où un certain ontologisme, officiellement enseigné à Louvain, sera finalement jeté avec l’eau du bain.

Ces trois éléments principaux d’une hétérodoxie éventuelle de Lacuria (son pseudo panthéisme, son mésemploi du mot philosophie, et la présence du surnaturel dans le naturel) constituent l’une des sources objectives – bien qu’à courte vue – de son assimilation à diverses formes d’ésotérisme selon les auteurs. Par exemple, en effet, l’erreur panthéistique – ou panthéicisante – de Lacuria réside surtout dans une formulation maladroite ; ainsi, Lacordaire criera certes à l’hérésie, mais Lamennais, lui, confirmera que S. Augustin ne disait pas autre chose. En tout état de cause, dès que Lacuria réalise le risque, il reformule son unité de substance selon son astucieuse métaphysique de l’idée du non-être, qui elle, peut dès lors faire lien, ontologiquement mais non pas substantiellement, entre Créateur et créature.

Les nombres dans l’œuvre théologique de Lacuria illustrent également son décalage total, son indépendance absolue, qui est bien le fait d’un mystique, d’un autodidacte et d’une personnalité idiosyncratique. Ainsi, il ne s’agit pas de symbolique des nombres, ni de mystique des nombres ; chez Lacuria, ni gématrie, ni isopséphie, ni arithmosophie ; à peine une mention tardive et anecdotique de la cabale juive. S’il faut dénommer l’emploi que fait Lacuria de quelques nombres, appelons-le métaphysique des nombres, ou, peut-être encore mieux, théologie des nombres. En effet, chez Lacuria, les nombres ne sont causes de rien, ni les instruments de rien ; ils n’ont ni statut ontologique, ni même statut épistémologique ; ils relèvent d’une science connue de Dieu seul et que Lacuria lui-même avoue ignorer totalement. Que reste-t-il ? Il reste des nombres, négatifs par nature, car exprimant des limites, des distinctions, des formes intelligibles… et ces formes intelligibles sont placées en Dieu même, dans le Verbe par qui tout a été créé. C’est du platonisme rectifié par S. Augustin, tout bonnement. Dès lors, le mathématique ou le géométrique, qui relie le théologique et le scientifique, exprime le lien entre la réalité et son principe, entre Dieu et le monde. Ce n’est pas l’être qui serait commun entre Dieu et les créatures, c’est son expression négative par le nombre.

C’est pourquoi, si la théologie de Lacuria peut parfois sembler prendre la forme d’une théosophie, d’un déchiffrement de la signatura rerum, ce n’est jamais que selon la voie contemplative d’un monde théophanique, dans lequel, de plus, rien de ce qui est reçu ne saurait être autre que donné. Lacuria ne fait que suivre l’Itinerarium d’une contemplation de la Nature, de l’univers et de l’homme créés par Dieu20 ; rappelons ici que l’Itinerarium propose sept chapitres de pure contemplation, avant un aboutissement qui n’est autre qu’un « ravissement spirituel et mystique ». D’ailleurs, si Lacuria n’emploie pas le mot « théosophie », c’est bien parce qu’on est dans cette théologie mystique qu’il appelle philosophie.

On comprend dès lors pourquoi Joseph Buche a exclu Lacuria de son École mystique de Lyon, au grand regret d’un Hector Talvart21 : c’est que Les Harmonies de l’être ne sont pas vraiment autre chose, in fine, qu’une méditation métaphysique des mystères chrétiens et qu’une simple apologétique catholique.

Pensée politico-sociale

Qu’en est-il, pour finir, de sa pensée politico-sociale, dans un siècle si marqué par les idéologies de toutes natures, sera-t-il royaliste ou socialiste, sera-t-il partisan d’un millénarisme particulier ou, comme beaucoup, apocalyptique ? Que pense-t-il de la révolution industrielle, du progrès technique, de la disparition des pauvres ?

Ici encore, Lacuria fait preuve d’une incroyable indépendance de pensée. Sa recherche de synthèse « à tout prix » le prévient de s’enfermer dans quelque système que ce soit, lui proscrit de se cacher derrière une « pensée unique » ; il ne saurait épouser les traits d’aucune caricature, ou se couler dans le moule d’une quelconque catégorie. Lire le siècle avec les yeux de Lacuria, c’est s’éloigner de toute tentation réductionniste, de toute simplification trop facile, et découvrir la subtilité des choses au sein d’une complexité respectée. Ainsi Lacuria trouve-t-il des qualités à la plupart des idées des autres, suivant la conception pascalienne de l’erreur comme vérité incomplète, tout en restant lui-même sur la ligne radicale des principes métaphysiques classiques et de la doctrine catholique. Par principes métaphysiques classiques, nous entendons pour l’essentiel les distinctions entre fini et infini, et entre intelligence et raison.

Très précisément, il faut souligner que Lacuria ne sera tombé dans aucun des pièges du siècle : alors que Lacuria est un supporter enthousiaste des découvertes scientifiques, le progrès n’est pour lui qu’« un de ces mots qui a servi de drapeau à l’utopie »22 ; alors qu’il promeut une société plus juste, l’égalité reste pour lui une « chimère impossible et inutile »23. En économie, tout en suivant – sans le savoir – la distinction aristotélicienne entre économique et chrématistique, Lacuria convient que riches et pauvres sont condamnés à coexister, et seule compte l’intelligence de cette coexistence. Ainsi, au progrès des utopistes consistant, à tous les repas, à « manger de la viande et boire du vin », Lacuria rétorque : « n’y a-t-il rien d’autre à désirer ? ». À Fourier qui « promet un temps où l’on fera six bons repas par jour », il demande : « mais pourquoi cette limite de six ? » Et de proposer, face à l’absurdité d’une société de riches, le raisonnement par l’absurde suivant :

Supposons qu’on atteigne ce but [plus du tout de pauvres], allons jusqu’à l’extravagance, mettons que tous les hommes soient riches, qu’ils soient tous millionnaires ! Pourquoi s’arrêter à un million ? Un million est-il la dernière limite du progrès indéfini ? N’en est-il pas déjà plusieurs qui ne peuvent s’en contenter ?

En politique, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, Lacuria n’est pas royaliste : « le pouvoir quand il s’attache à une fiction ne dure qu’autant que subsiste la fiction elle-même, ainsi le pouvoir royal ne dure qu’autant que la fiction qu’on appelle royauté »24 ; voici ce qu’il écrivait dans ses Harmonies, dès 1847. Dans son opuscule sur l’enseignement, son verdict est sans appel : les rois abusant étrangement du droit divin, qui n’était qu’un reflet de l’Église et qu’ils prirent pour une lumière sortie d’eux-mêmes25. Il a été marqué par le printemps des peuples : seul aux peuples dans l’enfance peut bien correspondre l’union des deux pouvoirs spirituels et matériels, écrit-il en 184326. Plus encore, dans l’un de ses manuscrits, Lacuria défend la république d’être cause d’une sécularisation : Si donc le peuple s’éloigne de Dieu ; la vraie cause n’est point la république27.

Il n’est néanmoins pas plus « républicaniste » que royaliste, ni vraiment démocrate (la dictature des plus nombreux l’appelle-t-il, ou le règne de la majorité) ; il se contente d’affirmer que l’autorité requiert l’infaillibilité : l’unité sociale ne peut se faire que de deux manières : ou par la force, ou par l’autorité dont la source est l’infaillibilité. La force exclut la liberté, l’infaillibilité l’admet […]. La question vitale est donc celle de l’infaillibilité28. Ainsi voit-il l’unité sociale dans la paroisse, les évêques étant élus par les fidèles. C’est une doctrine aussi simple qu’impraticable, qui repose sur le raisonnement irréfragable d’un croyant : L’Église seule, écrit-il, a assez de puissance et d’amour pour élever l’humanité à sa perfection ; […] elle seule tient le secret de la dernière perfection et peut mettre le dernier sceau à l’œuvre ; elle est le chef-d’œuvre social de la pensée divine sur la terre29, même si le ciel [seulement en] sera l’apothéose30.

Il anticipe ici la doctrine sociale de l’Église, tout à fait compatible avec la séparation de l’Église et de l’État qu’il prône et en démontre la logique, dès 1830, dans le sillage de Lamennais et les idées de L’Avenir ; on sait qu’il faudra attendre 1905 et que le mariage religieux ou la nomination des évêques sont toujours en France, au XXIe siècle, sous le contrôle de l’État. En tout cas, on comprend pourquoi il rejette et le saint-simonisme et le fouriérisme, qui tombent chacun dans l’excès opposé : l’un pousse l’autorité à l’infini, l’autre la liberté à l’infini ; tous les deux sont [donc] incomplets31, écrit Lacuria dans un inédit sur le « Problème social ».

S’il faut parler d’apocalyptisme au XIXe siècle, Lacuria, qui pourtant rédige son commentaire de l’Apocalypse, n’y souscrit en rien et son millénarisme modéré, présenté explicitement comme une hypothèse, reste dans les limites de l’acceptabilité magistérielle et anticipe même le décret du Saint-Office de 1944. Si l’on peut parler de doctrine sociale chez Lacuria, elle est inassimilable à son millénarisme hypothétique ; elle n’est ni « régénération sociale », ni messianisme social.

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 Conclusion

La conclusion de l’historien qui étudie l’Église catholique au XIXe siècle est que Lacuria, en matière de théologie, n’est qu’un témoin parmi d’autres de l’avancée progressive d’une relative uniformisation de la pensée catholique32 ; nous pensons plutôt que Lacuria, sur ce plan, témoigne de la permanence d’une gnose chrétienne – gnose au sens scripturaire (paulinien) – et dont il est un représentant exemplaire, toutes choses égales par ailleurs, dans la lignée de l’Aréopagite ou Maître Eckhart, fût-il d’un autre genre de par le dix-neuvième siècle qu’il habite ; de là, précédant le cardinal de Lubac, ses réflexions sur l’impossibilité d’une exclusion réciproque des ordres naturel et surnaturel, son ontologisme orthodoxe à une époque où il est encore enseigné à Louvain, ou, tout simplement, sa vision d’une nature théophanique et d’un monde prégnant de la Providence divine, sans que cet immanentisme ne fasse en rien une ombre à la transcendance absolue de Dieu, laquelle est très expressément explicite chez Lacuria.

Sur un plan philosophique, il est un dénominateur commun dans l’œuvre d’apparence si disparate de Lacuria (« sociologie rationnelle », musicologie, éthique, esthétique, astrologie…), c’est sa systématique perspective métaphysicienne, qui tient à sa loi fondamentale et universelle de l’être exprimée par sa triplicité « du positif et du négatif produisant l’harmonie », elle-même directement inspirée de sa méditation de la Trinité chrétienne.

Fort de cet ancrage constituant un point fixe, Lacuria peut ainsi s’avérer le lieu idéal de toutes les réceptions, du socialisme et des utopies à l’infaillibilité, et jusqu’à Beethoven et la littérature féérique, voire à ce qui circule en matière d’alchimie ou se pratique en termes d’astrologie. Son indépendance, renforcée par sa naïveté et sa bonne foi, en font presque une pierre de touche dans le foisonnement des idées de son siècle. En cela, il constitue un contre-exemple de choix à certaines généralisations historiques ou réductions catégorielles.

Il en va de même des disciplines comme l’astrologie qui intrigua tant Lacuria, ou la physiognomonie, la phrénologie, voire l’alchimie dont il collectionne tous les ouvrages disponibles. Il fallait bien ces intérêts de Lacuria pour établir une correspondance avec son troisième prénom : Gaspard (le mage). Mais Lacuria ne sort pas de l’approche expérimentale qui s’établit dans les sciences à son époque. Ainsi, sa médecine est pragmatique ; son astrologie essentiellement caractérologique, et stipulatrice mais non pas prédictive ; dès 1844, il écrit que la phrénologie ne saurait s’appliquer à l’homme ; quant à la pierre philosophale, elle deviendra même « légendaire » dans l’édition de 1899 des Harmonies de l’être.33

Disons, pour conclure philosophiquement, que la pensée de Lacuria, quel que soit le domaine qu’elle traverse : philosophie, théologie ou science, n’est jamais idéaliste ; elle est en revanche toujours réaliste, fût-ce un « réalisme symbolique » fondé sur l’« analogalité » de l’être.34

Notes

  1. « M. Albert Jhouney nous fait alors l’historique de l’Esotérisme à partir des origines chrétiennes, il divise cette histoire en quatre époques ; celle de la Philosophie néo-platonicienne avec les Alexandrins et les Gnostiques, celle de la Renaissance avec les Guillaume Postel, les Paracelse et les Agrippa, la troisième avec Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, l’admirateur de Jacob Boehme, dont il ne se trouvait pas digne de délier les cordons des souliers ; enfin la quatrième époque et dernière la nôtre, avec Fabre d’Olivet, Hoené Wronski, Lucas, Eliphas Lévi, Lacuria et jusque et y compris Benoît Malon, le doux philosophe » ; E. B., « Ésotérisme et socialisme », La Curiosité. Journal de l’occultisme scientifique, Nice : [s.n.?], 7e année, nouvelle série, n° 129, mai 1895, pp. 6-7.[]
  2. Portalis, ministre des cultes, 1807 ; cité par Dansette Adrien, Histoire religieuse de la France contemporaine, De la Révolution à la IIIème République, Flammarion, 1948, p. 201.[]
  3. (Jean-Pierre) Louis (marquis) de Fontanes (1757-1821), premier Grand maître de l’Université sous l’Empire et ministre de l’Instruction publique sous la Restauration.[]
  4. « Il n’est qu’un sûr moyen de régler les sentiments et les mœurs, c’est de les mettre sous l’emprise de la religion. Il ne suffit pas que la religion soit partie de l’enseignement ; elle doit être l’âme de toute l’éducation », cf. circulaire aux recteurs de juin 1814, citée par Cholvy Gérard, Hilaire Yves-Marie (sous la direction de), Histoire religieuse de la France, 1800-1880, Toulouse : éd. Privat, 2000, p. 22. Texte, « que ne désavoueraient pas ses successeurs, les Frayssinous, Guizot ou Falloux » (ibid.).[]
  5. Thiollier Félix, Le Forez pittoresque et monumental, 1889, p. 436.[]
  6. Mas Gabriel, Le cardinal de Bonald et la question du travail (1840-1870), thèse d’histoire de l’Université Lumière Lyon 2, 2007, 1ère partie, ch.IV, III.1 Quelle formation pour les séminaristes et le clergé ?[]
  7. « Mon père aurait bien voulu nous mettre au collège, mais c’était trop cher. « Si nous les envoyions dans une manécanterie ? dit Mme Eyssette […] comme St-Nizier était l’église la plus proche, on nous envoya à la manécanterie de St-Nizier » ; Daudet Alphonse, Le petit Chose : histoire d’un enfant, Paris : J. Hetzel, 1868 (4e éd.), p. 20. C’était très-amusant, la manécanterie ! Au lieu de nous bourrer la tête de grec et de latin comme dans les autres institutions, on nous apprenait à servir la messe du grand et du petit côté, à chanter les antiennes, à faire des génuflexions, à encenser élégamment, ce qui est très-difficile (ibid.).[]
  8. L’édition de 1847 : Les Harmonies de l’être, exprimées par les nombres ou les lois de l’ontologie, de la psychologie, de l’éthique, de l’esthétique et de la physique, expliquées les unes par les autres et ramenées à un seul principe (par P.F.G. Lacuria), tome I corrigé et tome II, Paris : Comptoir des imprimeurs-unis, 1847 ; celle de 1899 : Les Harmonies de l’être exprimées par les nombres, édition nouvelle publiée par les soins de René Philipon, Paris : Bibliothèque Chacornac, 1899, 2 vol.[]
  9. Boutry Philippe, «’’Vertus d’état’’ et clergé intellectuel : la crise du modèle ‘’sulpicien’’ dans la formation des prêtres français au XIXe siècle, Problèmes de l’histoire de l’éducation, Actes des séminaires organisés par l’École française de Rome et l’Università di Roma – la Sapienza (janvier-mai 1985), Rome : École Française de Rome, 1988. pp. 207-228. (Publications de l’École française de Rome, 104) ; URL : /web/ouvrages /home/prescript/article/efr_0000-0000_1988_act_104_1_3272, consulté le 19 mars 2015.[]
  10. Lettre de Lacuria à Basset, 1828/1829.[]
  11. Quand j’aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science ; quand j’aurais même toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien ; 1 Co XIII, 2.[]
  12. Borel, Chenavard, Janmot, Ricard, Laurens, Guiguet, Courbe, Baron, Français, Daubigny, Nanteuil…[]
  13. Charvériat, Charles Blanc, Victor Fournel, Louis Peisse…[]
  14. Mas Gabriel, Le cardinal de Bonald et la question du travail (1840-1870), thèse d’histoire de l’Université Lumière Lyon 2, 2007, 1ère partie, ch.IV, III.1 Quelle formation pour les séminaristes et le clergé ?[]
  15. Il y a eu en effet cinquante ans que j’ai dit ma première messe au château du Perron. Que d’actions de grâce je dois à Dieu pour une si longue prolongation d’une dignité infinie, que de pardons j’ai besoin pour l’exercice défectueux d’une fonction dont les anges ne sont pas dignes ; Lettre de Lacuria à Paul Borel, Paris, 20 Juin [1886] ; Archives des Dominicains, Toulouse.[]
  16. De Rayssac, Journal, janv. 1876 ; Hardouin-Fugier Élisabeth, « L’abbé Lacuria, portraits et images », Atlantis n° 314, mai-juin 1981, p. 342. C’est nous qui soulignons.[]
  17. Pisani Paul, Patronage Sainte-Mélanie : souvenirs de famille, 1850-1900, Paris : J. Mersch, 1900, pp. 6, 17-18.[]
  18. Saint Irénée, Contra Haereses IV, praefatio, P.G., t. VII, col. 975 B.[]
  19. Laquelle, suivant l’Aréopagite, surplombe et accomplit la voie théologique ; Cf. Borella, Lumières de la théologie mystique (Lausanne : L’Âge d’Homme, 2002).[]
  20. Les sept chapitres de l’itinerarium amènent à travers différentes contemplations (ch. I à VI) au « ravissement spirituel et mystique » (ch. VII).[]
  21. Talvart [1880-1959], « La semaine bibliographique analytique et critique » [à propos de la parution de L’École mystique de Lyon, 1776-1847. Le Grand Ampère, Ballanche, Cl. Julien Bredin, Victor de Laprade, Blanc de Saint-Bonnet, Paul Chenavard (Préface de M. Edouard Herriot, Alcan, 1935), de Joseph Buche], Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques : hebdomadaire d’information, de critique et de bibliographie, Paris : Larousse, 12e année, n° 635, 15 déc. 1934, 9.[]
  22. Lacuria, Harmonies (1899), t. II, ch. II. Du progrès, pp. 17-18.[]
  23. Lacuria, « La Voie unique », p. 19 [B.M.L. Ms 5.943 C] ; Archives Untereiner.[]
  24. Lacuria, Harmonies (1847), t. I, ch. XXII. De la spontanéité et de la liberté, p. 358.[]
  25. Lacuria, De l’Église, de l’État et de l’enseignement, Lyon : L. Boitel, 1847, pp. 15-16.[]
  26. Brouillon de lettre adressée au directeur d’un journal (non identifié), en réaction à un article paru sur l’enseignement et la liberté, à propos de la loi Villemain ; Archives « Untereiner ».[]
  27. Conclusion de son livret : « Sur la foi et la république », Fonds Bernard Berthet, 14 pages.[]
  28. Lacuria, « De L’Infaillibilité, par M. Blanc Saint-Bonnet, chez Dentu », in « Bulletin bibliographique », Revue européenne. Lettres, sciences, arts, voyages, politique, Paris : [s.n.?], t. 15, 1861, pp. 1-2 [B.M.L. Ms 5.791, p. 12] ; Archives Untereiner.[]
  29. Lacuria, Harmonies (1847), t. ii, p. 299.[]
  30. Lacuria, Harmonies (1847), t. ii, p. 299.[]
  31. Lacuria, « Problème social », p. 20 [B.M.L. Ms 5.844 C] ; Archives Untereiner.[]
  32. Cf. Paul Airiau, « Rapport de soutenance de la thèse de doctorat de M. Bruno Bérard, Un philosophe et théologien occultisant au XIXe siècle : la vie et l’œuvre de l’abbé Paul François Gaspard Lacuria (1806-1890), EPHE, ss dir. Jean-Pierre Brach, 2014. 1392 p. en 2 vol. : notes, bibligr., index, tblx., ill., annexes ».[]
  33. Lacuria, Harmonies (1899), t. II, ch. XIII. De l’art vivant, 216.[]
  34. Selon la formule et suivant la thèse de Jean Borella, explicitées dans son Symbolisme et réalité (Genève : Ad Solem, 1997). Très précisément : Le sens est exigence d’analogie (Penser l’analogie, Paris : ad solem, 2000, p. 210), l’analogie est le sens du symbole (ibid., p. 209) et le symbole est la clef de l’ontologie (Symbolisme et Réalité, p. 33) ; ainsi, l’ontologie est fondamentalement analogique […car] plus encore qu’analogique, l’être se révèle comme analogal (Penser l’analogie, p. 127).[]