La raison est l’une des deux faces de l’esprit, l’autre étant l’intelligence.
Elle est doublement soumise :
— à l’objet qu’elle observe,
— à la logique qui régit ses opérations.
La raison est au conceptible ce que l’intelligence est à l’intelligible, domaine bien plus vaste — sinon illimité.
Le conceptible est une abstraction et une construction (on génère et développe des concepts), tandis que l’intelligible est réception, miroir (speculum) de la signifiance.
La raison opère selon le mode hypothético-déductif, développe des savoirs et maintient la distance entre sujet et objet ;
l’intelligence, elle, est la faculté de la noèse, connaissance par participation, identification du connu, du connaissant et de la connaissance.
Plus précisément
La raison (ratio) est l’instrument discursif de l’esprit.
Elle progresse par étapes, selon des opérations successives (analyse, comparaison, inférence), au sein d’un espace gouverné par les principes logiques — au premier chef, le principe de non-contradiction.
Elle excelle à établir des relations, à déduire, à démontrer ; elle construit des systèmes conceptuels cohérents ; elle formule des procédures et des règles.
Sa fonction est médiatrice : elle ordonne, clarifie, distingue.
Mais ce pouvoir est aussi sa limite :
la raison ne peut saisir que ce qui est conceptualisable.
Elle reste enfermée dans ce qui est représentable, et, ce faisant, demeure extérieure à son objet.
Le sujet raisonnant n’est jamais un avec ce qu’il connaît.
Inversement, l’intelligence (intellectus) opère par intuition :
elle reçoit, sans médiation discursive, l’essence de ce qu’elle connaît.
Elle ne construit pas : elle accueille.
Sa connaissance est participative : elle implique une unité principielle du connaissant, du connu et de l’acte de connaître.
Le logos discursif procède ; l’intelligence voit.
On peut dire que la raison ouvre l’accès au concept, tandis que l’intelligence ouvre l’accès au sens.
La raison découvre les structures ; l’intelligence révèle la source.
Ainsi, la raison est nécessaire — et précieuse — pour l’ordonnancement du savoir, mais elle demeure subordonnée à l’intelligence, qui seule atteint l’intelligible en acte.
Voir l’article La raison et l’intelligence, les deux faces de l’esprit.
Pour en savoir plus
- Platon, République ; Phèdre — Sur la dialectique et la hiérarchie des modes de connaissance.
- Aristote, De Anima — Sur l’intellect agent et patient.
- Thomas d’Aquin, Somme théologique — Sur la distinction entre raison discursive (ratio) et intellect (intellectus).
- Nicolas de Cues, De docta ignorantia — Sur les limites de la raison et le dépassement intellectif.
- Descartes, Règles pour la direction de l’esprit — Sur le rôle méthodique de la raison.
- Leibniz, Nouveaux essais — Sur la différence entre vérités de raison et vérités de fait.
- Kant, Critique de la raison pure — Sur les limites constitutives de la raison discursive.
- Husserl, Idées directrices — Sur l’intuition eidétique.
- Jean Borella, La crise du symbolisme religieux (Paris, L’Harmattan, 2008) — Sur la distinction essentielle entre raison et intelligence, et sur l’intellect comme sens de l’être.
- Bruno Bérard, Métaphysique pour tous (Paris, L’Harmattan, 2022) ; — ang. Metaphysics for Everyone
— it. Sui sentieri della metafisica
— esp. ¿Qué es la metafísica?
— all. Was ist Metaphysik?
— Sur la distinction raison / intelligence et la hiérarchie des facultés.