Extrait de la Métaphysique du sexe (L’Harmattan, 2022) – chapitre XII. Symbolique de l’acte sexuel
Et si l’acte sexuel disait infiniment plus que ce qu’en retiennent la biologie, la psychologie ou l’érotisme ? Au-delà des innombrables métaphores dont les cultures ont entouré la sexualité, l’union de l’homme et de la femme peut être comprise comme un véritable symbole : celui de la rencontre de l’axe et du centre, de l’acte et de l’accueil, du don et de la réception. De la symbolique universelle de la caverne à la Création et jusqu’au mystère trinitaire, l’union charnelle laisse alors entrevoir une réalité qui la dépasse : celle de l’Amour comme don réciproque, renvoyant l’homme et la femme à leur modèle transcendant.
Amour et mer de même lit, amour et mer au même lit […] Et sur la grève de mon corps l’homme né de mer s’est allongé1 Saint-John Perse (1887-1975)
La véritable connaissance se produit grâce à une fusion amoureuse. C’est pourquoi l’Écriture appelle « connaissance », l’acte conjugal2 Marie-Magdeleine Davy
Introduction
De même que, excepté en métaphysique indienne ou chinoise, le mâle est réputé actif et le femelle passif, le coït est systématiquement décrit selon une vision masculine, par le terme de « pénétration », proprement défini comme
action de pénétrer, mouvement par lequel un corps pénètre (dans un autre corps, dans une matière ou à l’intérieur d’un espace circonscrit, en traversant ce qui fait obstacle ou offre une résistance (CNRTL).
Or, une fois répudié ce poncif – ou ce préjugé – d’une opposition sexuelle actif-passif, il faut bien reconnaître la réalité de la vision inverse : l’absorption active du pénis par le vagin3. Le pénis peut en effet très bien être attrapé et inséré, in fine absorbé, voire englouti. Et on peut faire appel à une analogie pour en rendre compte : le pénis peut être gobé, avalé, dévoré, mangé ; et, s’il n’est pas réellement mâché, mastiqué ou mâchonné, il peut être proprement aspiré et massé ou pétri4 par les muscles vaginaux (entraînés).
En termes de symbolique, cela signifie qu’on ne saurait réduire l’accouplement ou la conjonction au seul acte de « pénétration », mais, si l’on veut retenir ce terme, il convient d’ajouter ceux qui constituent son inverse et complément : l’« aspiration » et l’« absorption ».
Métaphores sexuelles.
Commencer par indiquer quelques-unes des métaphores utilisées pour décrire les organes sexuels ou les coïts, lesquelles métaphores dégénèrent naturellement en lieux communs, en poncifs ou tombent en désuétude, c’est montrer à quel point elles ne sont pas des symboles.
Ainsi, pour les Latins, les métaphores étaient principalement liées au monde agricole :
- – sēmĕn (semence)5 ou rōs (rosée) pour le sperme ;
- – fabae (fèves), poma (fruits), mala (pommes) pour les testicules ;
- – arbŏr (tronc, arbre, plante), thyrsus (tige, queue), rādix (racine), falx (ébranchoir, serpe) et surtout vōmĕr (soc) pour le pénis ;
- – ăger ou campus (champ, terrain), sulcus (sillon), vīnĕa (vigne) ou fons (source)6 pour le vagin.
Les métaphores des Grecs pouvaient également être botaniques :
- – de myrtiá (le myrte), le fruit était l’image du clitoris ;
- – et roz (la rose) l’image des petites et grandes lèvres.
En revanche, chez les Hindous, les métaphores sont souvent zoologiques :
- – les dimensions de leur lingam font les trois classes d’hommes, par ordre croissant de taille : l’homme-lièvre, l’homme-taureau et l’homme-cheval et la profondeur de leur yoni les trois classes de femmes : la femme-biche, la femme-jument et la femme-éléphant femelle7 ;
- – parmi les types de baisers, on relève Jatavestitaka ou l’enlacement du reptile (ibid., p. 56) ;
- – parmi les types de pression des ongles ou d’égratignures, il y a la griffe de tigre, la patte de paon et le saut du lièvre (ibid., pp. 68-70) ;
- – l’une des morsures-types s’appelle la morsure du sanglier8 ;
- – l’une des positions est nommée la position du crabe (ibid., p. 84. « Les deux jambes de la femme sont contractées et placées sur son estomac »), l’un des congrès (coït) le congrès de la vache, et d’autres le congrès du chien, de la chèvre, de la biche, du chat, auxquels s’ajoutent le violent assaut de l’âne, le bond du tigre, la pression de l’éléphant, le frottement du sanglier et l’assaut du cheval (ibid., p. 85) ;
- – la femme parfaite a la démarche du cygne, sa peau est celle d’un jeune éléphant, sa voix celle du kokila (coucou) et ses yeux ceux de la gazelle (Cité par E. Armand, encyclopédie anarchiste).
Dans le judaïsme, on trouve également des métaphores zoologiques et botaniques (Cantique des cantiques) et aussi l’image classique de la porte pour le vagin (Talmud) :
- – « Tes yeux sont des yeux de colombe » (I, 15) ; « Mon bien-aimé est semblable à la gazelle, ou au faon des biches » (II, 9) ; « Tes yeux sont des yeux de colombes derrière ton voile ; tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres, suspendues aux flancs de la montagne de Galaad. Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues, qui remontent du lavoir ; chacune porte deux jumeaux, et parmi elles il n’est pas de stérile » (IV, 1-2) ; « Tes deux seins sont comme deux faons, jumeaux d’une gazelle, qui paissent au milieu des lis » (IV, 5) ; « Ta taille ressemble au palmier, et tes seins à ses grappes » (VII, 8).
- – les petites lèvres sont la porte dont les grosses lèvres sont les montants et le clitoris la clé (ibidem).
En érotologie arabe, on trouve cette même métaphore de la porte : l’huis – mais il se rapporte à toute ouverture, aussi bien de l’homme que de la femme9 –, ainsi que tout un vocabulaire imagé :
- – pour le vagin : l’huis donc, mais aussi le kouss (d’une jeune femme), le capuchon (si rien n’y est jamais entré), le hérisson (celui, ébouriffé, d’une vieille femme), le Père-au-bonnet-pointu (il « porte un petit bonnet rouge à son extrémité, semblable à la crête du coq »), le spacieux (une « touffe large »), le Père-au-petit-nez (« qui porte un gentil béret surmonté d’une sorte de gros bouton »), le Père-au-front-saillant, la plisseuse, l’interceptrice, l’accueillante, le Père-avale-tout (pour « une femme forte et bien en chair »), l’enlaidisseur, déjà évoqué, etc.10 ;
- – pour le pénis : l’enveloppé (c’est, avec « sexe », le nom original), l’objet qui s’allonge, la colombe, le sonneur, le borgne, le Père-la-salive, le frétilleur, le Père-au-long-cou, le Père Larmoyant, le Père-à-l’œil-unique, le déchireur, l’harponneur, etc. (ibid. p. 165).
Dans le taoïsme, les dénominations des organes ou actes sexuels ne sont pas moins imagées11 :
- – yùjīng (« Tige de jade » ou « pic de jade »), mais également guī (la tortue mythique) correspondent au pénis ; ainsi guī tóu (« la tête de tortue ») désigne le gland du pénis ;
- – yùmén (« La porte de jade »), yùfáng (« la chambre de jade ») ou encore zhūshì (« la chambre pourpre ») renvoient au vagin, de même que pántáo (« pêche d’immortalité »), mǔdān (la pivoine) et liánhuā (le lotus) ;
- – yùquán (« Boire à la fontaine de jade ») signifie obtenir l’essence Yīn d’une femme au cours de l’acte sexuel ;
- – Yún yǔ (« Nuage et pluie ») désigne le commerce sexuel :
Le Chapitre 5 du Sù wèn dit : « Le nuage est le qi terrestre qui monte, la pluie est le qi céleste qui descend ». Ainsi les « nuages » correspondraient aux ovules de la terre, et renverraient aux sécrétions vaginales de la femme (les chinois ignoraient encore l’existence des gamètes féminins), la « pluie » qui vient fertiliser la Terre correspondrait au sperme du Ciel, symbole de la semence de l’homme, d’où l’expression « jeu de nuage et pluie » pour parler du commerce charnel.
De cette image dérivent des expressions comme fān Yún fù yǔ (« les nuages renversés et la pluie en sens inverse ») pour indiquer l’acte homosexuel pratiqué par deux hommes.12
Cette revue de dénominations traditionnelles, on le voit, ne présente que des métaphores marquant leur différence radicale d’avec les symboles, et rendant inutile, en dépit de sa richesse poétique, tout inventaire du vocabulaire érotique de l’argot français.
C’est que les métaphores sont des images qui renvoient horizontalement à d’autres objets, alors que les symboles présentifient un sens, une réalité d’un ordre transcendant : ils renvoient directement, et verticalement, aux principes, qui gouvernent la façon dont nous pouvons intelliger le monde et, au-delà, jusqu’au Principe premier.
Symbolique sexuelle
On peut évoquer succinctement trois symboliques sexuelles, celles des organes sexuels et celle de leur conjonction.
L’axe du monde
Le pénis dressé s’inscrit dans un axe et tout axe renvoie à l’Axe du monde, c’est-à-dire à l’axe vertical, unique mais présent en chaque point de l’univers, qui relie la création au Créateur, les êtres à Celui qui leur a donné d’être. Pour autant, l’axe pénien part de l’homme et il n’est pas vertical, deux caractéristiques qui ne sont pas sans conséquences (symboliques).
D’abord, l’axe pénien, s’il pointe à l’infini, a néanmoins un point de départ en la personne qui le porte ; si l’on considère ce point de départ et la direction qu’il indique, on a une demi-droite, partiellement matérialisée par le tronçon constitué par le pénis. Cette demi-droite reflète la condition de l’âme humaine, créée, mais immortelle ; le tronçon matérialisé et limité marque le début et la fin de l’existence humaine.
Ensuite, l’axe pénien n’est pas réellement vertical ; on peut même le voir à quarante-cinq degré, l’oblique au milieu de l’horizontale et de la verticale – direction d’ailleurs invariable, que l’homme (en érection) soit debout, assis, à genoux ou couché. Cette oblique marque la condition humaine, à la fois dépendante de cette Verticale, qui lui donne vie et la lui reprend, et condamnée à agir selon l’horizontalité de son existence13.
Cette oblique peut d’ailleurs constituer un piège : elle n’est que l’imbécile moyenne de l’axe horizontal de l’existence dont l’horizon, sans cesse reculé et à jamais inaccessible, ne saurait constituer le but, et de l’Axe vertical qui est l’origine et la fin. « Piège », car l’En-haut n’est pas au bout de l’en-avant ; il n’est jamais que « ici et maintenant » et « au-dessus ». Si le piège est évité, il reste ce rappel, indirect mais irréfutable, de la croix du monde, croisement en chacun de l’axe horizontal de son existence et de l’Axe vertical de sa destinée.
En langage chrétien, on l’a deviné, l’Axe du monde, c’est le Christ-Verbe-Fils14, « par qui tout a été fait » (Symbole de Nicée-Constantinople)15, et la croix du monde, c’est celle qu’Il a marquée pour tous dans la kénose16 de l’incarnation et de la mort sur la croix. L’habitation de l’axe vertical est totale : de haut en bas (incarnation et descente aux enfers) et de bas en haut (remontée des enfers et Ascension) à travers le plan horizontal de la vie humaine.
Si cette verticalité christique de l’être humain, « à l’image de Dieu et selon Sa ressemblance » (Gn I, 26), marque aussi bien la femme que l’homme, le pénis dressé à leur rencontre leur rappelle à tous deux l’existence de l’axe relatif et de l’axe de l’Absolu. Et tous deux en portent le poids symbolique, chacun à sa façon.
La Caverne (kahf) ou la Grotte (ghār)
Le vagin s’inscrit dans le symbole de la Grotte ou de la Caverne. Or, de la grotte de la Nativité à celle de Ghār Hīra’18, en passant par la caverne des « Sept dormants d’Éphèse » ou des ahl al kahf (« Gens de la caverne »)19, il s’agit, dans la symbolique universelle, d’un lieu central où s’effectue une transformation (mort, renaissance, initiation), où s’établit un lien selon l’Axe vertical. Centre du monde et origine20 ou cœur21, lieu illuminé22, s’y effectue la communication avec les états supérieurs et inférieurs selon cet axe vertical. Nulle surprise donc que la caverne soit l’archétype de la matrice sponsale et maternelle23, et qu’y entrer – ou y être accueilli – constitue une initiation24. Chez le mystique soufi al-Hallāj (858-922), dans son Diwān, la caverne est ainsi
le lieu de l’hospitalité divine, de la proximité, et de la connaissance originelle, […] centre du monde, lieu en dehors du temps et de l’espace, car la connaissance originelle appartient au monde prééternel, au monde sacré.25
Il en est de même chez Ibn ‘Atā’ al-Adami (Xe s.) qui y voit les passages fanā’ (« extinction ») et baqā’ (« surexistence », « subsistance »), c’est-à-dire mort-résurrection, sauf qu’elles sont vécues « au niveau du monde de l’esprit, sans passer par la mort naturelle ». La caverne est ainsi également lieu d’hospitalité divine et de
lumière prééternelle qui pourrait signifier la connaissance prééternelle et originelle mentionnée par Hallāj, car la connaissance est lumière.26
Même chose encore chez l’exégète soufi Abū l-Qāsim al-Qushayrī (986-1074). Toutefois, il ajoute les notions de tafrīd (esseulement) et de tajrīd (dépouillement) qui précèdent et entraînent l’extinction (fanā’). Il s’agit d’une « demeure spirituelle » intériorisée. Dès lors, chez ‘Abd al-Razzāq al-Qāshanī (m. v. 1330), « le lieu sacré n’est plus la caverne, mais le corps humain »27 lui-même.
On ajoutera que, pour Ruzbahān Baqli al Shirāzi (XIIe s.), la caverne est surtout symbole d’union, de chambre nuptiale et que, pour Jalāl ad-Dīn Muhammad Rūmī (1207-1273), la Caverne
n’est même plus un lieu spirituel, une demeure, une station, ou un topos dans la géographie céleste. Ce n’est même plus un état (hāl) comme chez Hallāj, mais c’est carrément l’Amour […], le Sien, qui englobe le monde entier comme une matrice.
On en a assez dit. Le vagin, Caverne par excellence, est bien symbole de l’hospitalité divine, lieu de transformation, spirituelle autant que physique (matrice), d’initiation à la connaissance ou à l’amour. Ce topos spirituel symbolique, ce centre intérieur, rappelle la présence de Dieu au plus intime de la personne humaine. En langage chrétien : « Sachez-le, le royaume de Dieu est au-dedans de vous » (Lc XVII, 21 ; en grec, εντος υμων εστιν : « il est à l’intérieur de vous »). Certes, la caverne paraît « vide », c’est la transcendance de Dieu ; mais tout vide est rempli de Dieu, c’est son immanence dans le Fond du monde28. Si l’habitation par Dieu vaut pour l’homme autant que pour la femme, c’est elle qui recèle la caverne symbolique qui leur rappelle à tous deux la présence intérieure de l’Esprit-Saint – l’Esprit qui « est celui du Père et du Fils et le nôtre »29.
La Création du monde.
Si l’union d’amour sexuel symbolise la création du monde, ce n’est pas tant parce que l’acte d’union consisterait en une procréation – ce qu’il est bien rarement –, mais en ce qu’il commémore la rencontre de l’Axe christique et du Fond du monde. En effet, si Dieu le Père crée par son Fils (le Verbe), où crée-t-il donc ? dans le Saint-Esprit ! C’est la creatio ex nihilo per Verbum in Spiritu Sancto30,savoir : la création à partir de rien par le Verbe dans l’Esprit-Saint, lesquels sont « les deux mains de Dieu »31. À l’homme de vivre un « acte christique » et de comprendre qu’il n’est d’acte sans accueil ; à la femme de vivre un « acte pneumatique »32 et de comprendre qu’il n’est d’accueil sans acte. Aux deux de reconnaître, dans la grâce de leur union, Ce qui les dépasse et soutient leur subsistence33. Chacun étant sujet et relation, femme et homme, au-delà de rôles éventuellement distincts dans l’union, sont virtuellement à la fois Christ et Saint-Esprit, c’est leur déiformité intrinsèque.
La circumincession trinitaire
On appelle circumincession l’« existence des personnes de la sainte Trinité les unes dans les autres ; leur compénétration mutuelle fondée sur l’unité d’essence »34. Mais cela mérite d’en dire davantage :
Rien ne compte aux yeux du Père que le Fils, qui lui est égal en tout ; sans lui, le Père n’est rien, il n’existe comme Père, et comme Dieu, que parce qu’il engendre le Fils auquel il donne tout ce qu’il est, Nature divine et Essence divine. Ainsi, l’Essence divine consiste dans ce don total, le Père n’existe que parce qu’il se donne en totalité.
Réciproquement, le Verbe ne se connaît dans le Père et n’existe, comme Fils et comme Dieu, qu’en tant qu’il est engendré par le Père. Il n’est l’Essence divine que parce qu’il la reçoit du Père ; c’est la même Essence donnée par l’un et reçue par l’autre. Mais, à son tour, le Fils ne se constitue qu’en redonnant tout ce qu’il a reçu ; il ne peut recevoir l’Essence divine que s’il la donne au Père.
L’échange mutuel de la divine Essence entre le Père et le Fils, ce don total et parfait de volonté libre constitue l’Amour réciproque du Père et du Fils. Mais cet Amour mutuel, qui procède de la volonté de don total, doit lui-même, pour exister, être donné totalement. Le don de l’Amour commun entre le Père et le Fils s’exprime alors dans la troisième Personne nécessaire, l’Esprit-Saint, en tant qu’Amour et Essence, comme lien substantiel et essentiel qui unit le Père et le Fils dans l’unité d’un même Amour.35
À l’évidence, l’union d’amour sexuel est l’opportunité, pour chacun, de ce don total de volonté libre qu’on appelle l’amour réciproque, à l’image de la circumincession trinitaire. D’ailleurs, « il y a une ressemblance entre l’union des personnes divines et l’union d’amour entre les personnes humaines », signale S. Jean-Paul II36 ; c’est pourquoi la communion des personnes
est à comprendre […] comme une participation à une « insondable communion divine de personne » (TDC 9, 3) au sein de la vie trinitaire.37
La sexualité est un acte [… qui] reflète la relation d’amour du Dieu trinitaire et participe à l’acte créateur de Dieu.38
De là l’insatiabilité (désir) et l’instabilité (divorce) des unions, les personnes étant appelées à exister en communion permanente, mais celle-ci ne pouvant être réalisée que dans l’éternité de Dieu.
À la femme et à l’homme de réaliser (de rendre effectif) la triplicité de tout don : le donateur, le receveur et le don, qui sont, dans l’Absolu, les Personnes de la Trinité : Père, Fils et Esprit. À eux de pénétrer symboliquement – c’est-à-dire, ici, spirituellement – dans le tourbillon immobile des Dons absolus et réciproques des trois Personnes trinitaires, qui « se contiennent réciproquement »39.
Notes
- Amers IX – « Étroits sont les vaisseaux » (neuvième et dernier épisode de Strophe).[↩]
- « La tradition dans le christianisme », lemondeduyoga.org, 31 août 2005 ; cf. Revue Française de Yoga, n° 14 (anc. éd.), automne 1983 (pp. 3-14).[↩]
- Il en va de même, de ce point de vue, d’une absorption active par un autre orifice.[↩]
- L’une des racines d’« orgasme » renvoie à « pétrir » (Littré).[↩]
- La polysémie de sēmĕn en latin est significative : semence en agriculture ; en botanique : engrais ou épeautre, mais aussi bouture, mailleton, surgeon, rejeton, scion, drageon et bourgeon ; en philosophie : atome, principe, élément ; et au sens figuré : souche, race, descendance, sang et également origine, cause, principe.[↩]
- En mythologie romaine, Fons (ou Fontus ou Fontanus) est le dieu des sources et des eaux courantes.[↩]
- Vatsyayana, Le Kama Soutra, op. cit., p. 46.[↩]
- ibid., p. 75. Elle « consiste en plusieurs larges rangées de marques »[↩]
- Mouhammad al-Nafzāwī, La prairie parfumée…, op. cit., p. 183. C’est que « le Dieu Très-Haut a dit dans le Qoran : « Ceux et celles qui gardent leur huis » (ibid.).[↩]
- ibid., pp. 183, 188-189.[↩]
- Anaïs Languebien, op. cit., pp. 13-14.[↩]
- ibid., p. 14. « Précisons que de nos jours le « rapport sexuel » se traduit littéralement 性交 (xìng jiāo) ou 性关系 (xìng guān xì) où 性 désigne « le sexe » avec la clef du « cœur » (心 xīn) et le fait de « naître, pousser » (生 shēng) » (ibid.).[↩]
- On notera que dans le rituel tantrique, la śakti « chevauchant » le shiva, le phallus est verticalisé ; cf. André Van Lysebeth, op. cit., p. 204.[↩]
- Christ sur la terre (Incarnation), Verbe à la Création du monde, Fils au sein de la Trinité.[↩]
- Ou encore : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui » (Col I, 15-17) ; « Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes » (1 Co VIII, 6).[↩]
- Incarnation dépouillée de tous les attributs divins pour épouser la condition humaine.[↩]
- Nous prenons des éléments chez Gric (Groupe de Recherches Islamo-Chrétien), « La caverne entre symbolique universelle et imaginaire soufi », 2006, en ligne ; également chez Vanessa Hélène Sandrine Hernandez (1984-), Le Chêne aux quatre ruches, éd. Thebookedition.com, s. d. également chez René Guénon, Symboles fondamentaux de la Science sacrée, Paris : Gallimard, 1962 (impr. 1965) et chez Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Paris : Laffont, 1973.[↩]
- Lieu des premières révélations de Mahomet reçues de Dieu à travers l’ange Gabriel en juillet ou août 610.[↩]
- Miracle qui semble commun à l’islam et au christianisme, dans lequel sept officiers du palais échappent à la persécution de l’empereur Dèce (règne de 249 à 251) contre les chrétiens et dorment, cachés dans une caverne, durant trois cents ans (christianisme), ou dans lequel six ministres du roi Diaclitianus, gouverneur de Philadelphie (actuelle capitale de la Jordanie) et un chien, devenus monothéistes (le chien également), doivent s’échapper et dorment, de même, trois cents ans à l’abri dans une caverne (islam).[↩]
- Cf. René Guénon, « L’idée du centre dans les traditions antiques », op. cit., p. 84.[↩]
- Cf. Jean Chevalier…, op. cit., p. 288, René Guénon, op. cit., p. 218.[↩]
- « La caverne initiatique est éclairée interieurement, si bien que c’est au dehors d’elle que reigne l’obscurité » (les « ténèbres extérieures ») ; René Guénon, op. cit., p. 212.[↩]
- Cf. Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, op. cit., pp. 285, 288.[↩]
- Ibid., p. 195.[↩]
- Gric, op. cit., p. 7.[↩]
- Ibidem[↩]
- Ibid., p. 13. Vanessa Hernandez rapproche al-Qāshanī de S. Jean de la Croix (m. 1591), qui, « dans sa Vive Flamme d’amour, utilise le symbole de la caverne en relation avec les puissances […] de l’âme : la mémoire, l’entendement et la volonté, qui sont capables de recevoir les plus grands biens, l’infini, une fois libérées de toutes les créatures. Car lorsque chacune de ces puissances est vide de tout créé, elle ressent une soif ardente de Dieu, une faim, et se fond dans l’attente. S. Jean de la Croix et Qāshanī se rejoignent donc puisque, pour l’un comme pour l’autre, la caverne symbolise les facultés propres à tous les êtres humains, et parce que tous deux proposent une voie de purification intérieure accessible à quiconque a la volonté de suivre la voie du dépouillement ». Cf. La vive Flamme d’amour, Paris : Seuil, 1995, pp. 92-95 (ibid. et n. 57).[↩]
- De même, dans la « caverne du cœur » réside Ātma, l’Esprit universel ; cf. Chāndogya Upaniṣad, 3e Prapāthaka, 14e Khanda, shruti 3, et 8e Prapāthaka, 1er Khanda, shruti 1 ; René Guénon, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III.[↩]
- S. Augustin, De Trinitate V, 14.[↩]
- Voir notre Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens (imprimatur), Paris : L’Harmattan, 2005, ch. 14, pp. 197 sq.[↩]
- « Ontologiquement, Dieu donne l’être en projetant sa Charité dans une extériorité relative, dans une altérité inouïe. Dès lors, le Don absolu de la Vie divine devient ce Don de l’être au monde. Ce Don […] passe par le Fils car le Fils et l’Esprit sont ‘‘les deux mains de Dieu’’ [Saint Irénée, Contra Haereses IV, praefatio, PG, t. VII, col. 975 B] : tout est fait par le Fils (le Verbe) dans l’Esprit, le Fils (le Christ) est l’Axe du monde et l’Esprit son Fond » ; Bruno Bérard, Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens, op. cit., p. 250 ; suivant Jean Borella, La Charité profanée, Paris : éd. du Cèdre, 1979 (rééd. Amour et Vérité, L’Harmattan, 2011).[↩]
- Le grec pneuma : « souffle » (spiritus en latin), désigne le Saint-Esprit. Voir, par exemple, Odette Mainville, « De la rûah hébraïque au pneuma chrétien : le langage descriptif de l’agir de l’esprit de Dieu », Théologiques, vol. 2, n° 2, oct. 1994, pp. 21-39.[↩]
- Jean Borella propose d’écrire « subsistence » (du latin subsistentia) avec un « e », lorsque le terme désigne le fait de subsister (la permanence dans l’être), pour le distinguer des moyens de subsistance de l’homme (nourriture) et de l’intendance militaire (cf. Lumières de la théologie mystique, p. 86, n. 183).[↩]
- eglise.catholique.fr/glossaire/circumincession/. Nous soulignons.[↩]
- Abbé Henri Stéphane André Gircourt (1907-1985), Introduction à l’ésotérisme chrétien, traités recueillis et annotés par François Chenique, Paris : Dervy, 1979, t. 1, traité I.2, pp. 42-48.[↩]
- Cf. Gaudium et Spes n° 24, 3 ; Jean-Paul II, Abrégé de La Théologie du corps, Y. Semen éd., Paris : Cerf, 2016, p. 223.[↩]
- Jean-Paul II, ibid., p. 217.[↩]
- Evangelium Vitae § 43.[↩]
- S. Jean Damascène, De fide orth. I, 8.[↩]