Extrait de La métaphysique du sexe (L’Harmattan, 2022), Partie 1. Sexe, genre, sexualité, un bref état des lieux, ch. I. Un, deux, trois, quatre, cinq, sept, neuf sexes, ou davantage ?
Sexuation, genre et sexualité constituent une trilogie de notions relativement intriquées. Avant d’élaborer une métaphysique du sexe, un principe de réalité élémentaire demande d’étudier chacun de ces domaines. Ici, c’est la sexuation (au sens de sexe physique et physiologique) qui est analysée. Entre un sexe unique et des milliers de sexes, il s’agirait, déjà, de fixer le nombre de sexes différents dans la nature (humaine). Sans trahir le suspense, on verra que les sexes féminin et masculin ne constituent pas des catégories étanches. En revanche, il faudra bien convenir qu’il s’agit d’une typologie incontournable.
The fundamental thing is that women are more like men than anything else in the world. They are human beings. Vir is male and Femina is female, but Homo is male and female. Dorothy Leigh Sayers (1893-1957)1
Sexuation, genre et sexualité constituent une trilogie de notions relativement intriquées : par exemple, une femme biologique peut être un homme socialement (selon son état civil et/ou son comportement de genre) et pratiquer une homo- et/ou hétérosexualité physio-psychologique. Il convient donc de comprendre chacune de ces notions avant de considérer leurs combinaisons variées. Si l’on commence par le biologique, combien y a-t-il de sexes ? Cette question se pose depuis au moins l’Antiquité, par exemple lorsqu’Aristophane expose un mythe de la création de l’homme selon trois sexes : mâle, femelle et androgyne2.
Un ou deux sexes ?
Cette question renvoie aux analyses historiques proposées par Thomas Laqueur3 selon deux modèles : le « modèle unisexe » (le corps de la femme est une version tronquée de celui de l’homme : to have or not to have… a penis)4 et le modèle à deux sexes (ils coexistent dans une « incommensurable opposition »). Selon le premier modèle, c’est le genre qui est fondateur et le sexe n’en est que la représentation, tandis que selon le second, « le sexe […] devint fondateur, le genre social n’en étant plus que l’expression »5. Au premier abord, la seconde vision est née au XVIIIe siècle, curieusement, au moment où l’orgasme féminin n’a plus été considéré (médicalement) comme condition de la conception6. Toutefois, cette histoire n’est pas linéaire : alors que l’irréductible différence anatomique apparaissait déjà très fermement au XVIe siècle, au XXe néanmoins, un Freud pense encore la sexualité selon le modèle du sexe unique7.
Quels que soient les intérêts de ces modèles, il convient toutefois de contester la réduction de la pensée d’Aristote au « modèle unisexe » (à la Galien), dans lequel le genre l’emporterait sur le sexe8. Certes, pour Aristote, la supériorité est au producteur du sperme9 et l’homme fournit la forme et la femme la matière ; toutefois, lorsqu’il dit que « le contraire du mâle est la femelle, celui du père, la mère » et que, « en tant que mâle et en tant que père, en même temps il domine et il est dominé »10, cela contredit à nos yeux à la fois tout unisexisme et toute préséance du genre11.
Le « troisième sexe »
Au moment où nous écrivons, le Tribunal constitutionnel fédéral allemand réclame une loi permettant la mention d’un « troisième sexe »12 ; s’agit-il des féministes ou des homosexuels allemands13 ? Il n’en est bien sûr rien ; ce troisième sexe est de nature d’abord chromosomique14. Toutefois, si la question se posait, c’est que ce « troisième sexe », à l’époque contemporaine, a d’abord concerné ce qui s’appellera plus tard la « femme libérée », inaugurée par Mademoiselle de Maupin, avant de se rapporter à l’homosexualité masculine15, puis féminine16 :
En vérité, ni l’un ni l’autre de ces deux sexes n’est le mien […] je suis d’un troisième sexe à part qui n’a pas encore de nom.17
Quatre sexes ?
Le canon Pāli18, dans son code de conduite cléricale (Vinaya), distingue quatre sexes, à savoir, outre les types mâle et femelle : d’une part ubhatobyanjanaka (ubhato = double, byanjana = signe), qui renvoie à l’androgynie, et, d’autre part, pandaka (éventuellement de anda = œuf ou testicule), indiquant une déficience ou incapacité sexuelle ou reproductive19.
D’un point de vue plus strictement biologique, on pourrait également définir quatre sexes en ajoutant aux deux types mâle et femelle, les variantes, à l’oriental, « ni l’un ni l’autre » (asexué) et « et l’un et l’autre » (« hermaphrodite » ou « bisexué »), ce dernier cas n’existant pas.
Cinq sexes ?
La biologiste Anne Fausto-Sterling (1944-) a proposé de considérer cinq sexes20 selon une définition essentiellement gonadique du sexe : mâle, femelle, « merm » (possédant des testicules et certains aspects de l’appareil génital féminin mais pas d’ovaires), « ferm » (possédant des ovaires et certains aspects de l’appareil génital masculin mais pas de testicules), et « herm » (possédant un testicule et un ovaire), les trois derniers constituant trois intersexes, sachant que, suivant ses études, le sexe est un continuum entre les deux types les plus fréquents21
Cette classification correspond plus ou moins à la taxinomie actuelle des anatomies sexuelles congénitales, divisant également les êtres humains en cinq types :
- Femelle, ne présentant que l’anatomie sexuelle femelle standard ;
- Mâle, ne présentant que l’anatomie sexuelle mâle standard ;
- Femelles pseudohermaphrodites, présentant un mélange des anatomies femelle et mâle standards, des ovaires (mais pas de testicules ni d’ovotestis22) et un complément chromosomique « XX » ;
- Mâles pseudohermaphrodites, présentant un mélange des anatomies femelle et mâle standard, des testicules (mais pas d’ovaires ni d’ovotestis) et un complément chromosomique « XY » ;
- Hermaphrodites vrais, présentant au moins un ovaire et au moins un testicule, ou au moins un ovotestis (cette définition ne dépendant de la présence d’aucun autre élément d’anatomie sexuelle ni de la configuration chromosomique).23
Cette classification, peu ou prou celle d’Edwin Klebs (1834-1913) de 187624, est critiquée justement pour son caractère gonadique privilégié (au détriment des autres composants de la sexuation), mais aussi pour l’utilisation impropre du terme hermaphrodisme25, pouvant entraîner confusion et nuisance en matière de cliniques associées. En effet,
la structure gonadique n’est pas corrélée avec le phénotype26, le génotype27, la physiologie, le diagnostic ni l’identité de genre.28
Sept sexes ?
Le consortium américain CMDSD (Consortium on the Management of Disorders of Sex Development) ayant défini cinq désordres du développement sexuel, on pourrait considérer sept sexes au total. Ces cinq désordres-type sont :
- un développement congénital d’organes sexuels ambigus (hyperplasie congénitale des surrénales et androgénisation prénatale, hypertrophie clitoridienne, micropénis…) ;
- une disjonction congénitale de l’anatomie sexuelle interne et externe (syndrome d’insensibilité complète aux androgènes29, déficit en 5-alpha-réductase30…) ;
- un développement incomplet de l’anatomie sexuelle (agénésie vaginale, dysgénésie gonadique…) ;
- des anomalies sexuelles chromosomiques (Syndrome de Turner, de Klinefelter, mosaïque du chromosome…) ;
- des désordres du développement gonadique (ovotestis…).
Ces désordres incluent ainsi les anomalies sexuelles des chromosomes, des gonades, des conduits reproducteurs et des organes génitaux. Ici, le terme « intersexe » est évité à cause de son imprécision.31
neuf sexes ?
Sur la base de quatre profils génétiques : XY (masculin typique, 48 pourcents des naissances environ), XXY, X0 et XX (féminin typique, 48 pourcents), on finit par définir neuf sexuations distinctes.
– déjà, les syndromes de Klinefelter et de Turner, que le CMDSD regroupe, sont distingués, le premier étant de type chromosomique XXY (testicules réduits, glandes mammaires ; 0,16 pourcent des naissances), le second de type X0 (aspect féminin, mais développement incomplet des ovaires ; 0,04 pourcent).
– ensuite, le type masculin (XY) donne lieu à trois variantes : Anomalie des organes génitaux (testicules invisibles, petit pénis ; 1 pourcent), Pseudo-hermaphrodisme masculin dû au déficit en 5-alpha (aspect féminin ou ambigüe, masculinisation à l’adolescence) et Syndrome d’insensibilité aux androgènes (aspect féminin ; 0,005 pourcent).
– par ailleurs, le type féminin (XX) donne lieu à deux variantes : Anomalie des organes génitaux (clitoris hypertrophié, fusion des lèvres ; 1 pourcent des naissances environ) et Hyperplasie congénitale des surrénales (aspect masculin ; 0,01 pourcent).32
Des milliers de sexes ?
Les cas dits d’« inter-sexuations » représentent un pourcentage faible mais non négligeable de la population : de 0,5 à 1,7 pourcent (similaire au taux de personnes rousses)33. C’est un taux peu différent de ceux d’autres anomalies, telles l’hypospadias (un garçon sur cent-cinquante, soit 0,7%)34, et inférieur à la prévalence moyenne, toutes anomalies confondues, de 2,5%35, représentant tout de même plusieurs dizaines de millions d’êtres humains à prendre en compte.
Si le pourcentage de personnes « intersexe » est faible, les différentes sexuations y sont quasiment innombrables. C’est que de très nombreux éléments interviennent dans la construction du sexe biologique. Ainsi, outre les glandes reproductives (sexe gonadique), il y a, a minima, les chromosomes X et Y (sexe génétique ou chromosomique), les organes génitaux (sexe anatomique), les hormones prédominantes (sexe hormonal), sans occulter l’environnement (perturbateurs endocriniens pendant la grossesse, par exemple).
Ces éléments sont autant d’occasions de variations, d’autant plus qu’ils interviennent à des moments bien distincts du cycle de développement ; moments que l’on peut résumer pour simplifier à quatre : la fécondation (sexe chromosomique), la vie intra-utérine (sexe gonophorique), la naissance (sexe périnéal ou anatomique déterminant du sexe d’état civil) et la puberté (sexe hormonal) ; sachant qu’à chaque stade du développement correspondent des risques de déviations variés36. Sur ces sexuations s’ajouteront l’identité sexuelle (sexe psychique) et l’orientation sexuelle (sexe libidinal).
Nulle surprise donc, si, jusqu’au sommet du sport (le CIO), les contrôles du sexe des athlètes ont été supprimés :
les instances dirigeantes sportives, estimant qu’aucun des tests de féminité (examen gynécologique, recherche de certains gènes, etc.) mis en place depuis les années 1960 ne donnait satisfaction, ont ni plus ni moins supprimé ce type de contrôle en 2000.37
Même les fameux tests hormonaux, contrôle des taux de testostérone (liés aux caractères masculins) par exemple, ont été suspendus en 2014 par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) à la demande du Tribunal arbitral du sport (TAS). C’est que la différence de taux de testostérone est parfois plus importante entre deux hommes qu’entre un homme et une femme38. Anne Fausto-Sterling, qui bénéficie de la double compétence en biologie et en sociologie, avait de longue date dénoncé les dénominations culturelles des hormones dites sexuelles : androgènes (stimulent ou contrôlent le développement et le maintien des caractères mâles) et œstrogènes (en association avec la fonction reproductive), un choix évidemment social et politique, puisque « hormones stéroïdes » aurait convenu aux deux sexes39.
Deux sexes « et autres »
À la lumière de cette brève enquête, il nous semble incontournable de considérer, biologiquement, un groupe « autres », regroupant des combinaisons des deux sexes. Il y a d’abord l’argument de la reproduction, c’est-à-dire de la pérennité de l’espèce :
Les états intermédiaires des différents sexes biologiques sont extrêmement rares et souvent associés à une infertilité, ce qui, d’un point de vue évolutif, les condamne à une impasse.40
Dit autrement, si une variété de sexuation n’est pas reproductible, elle est toute éphémère et n’existe donc pas en tant que telle – ce qui « n’enlève rien » à l’individu concerné : être humain et citoyen comme tout le monde41.
Ensuite, à partir du moment où toute sexuation « autre » est définie en fonction de caractéristiques référentielles mâles ou femelles – et comment faire autrement ? –, on confirme implicitement les deux sexes courants. La remarque d’Anne Fausto-Sterling sur l’influence culturelle (masculine), indéniable dans un certain fonctionnement de la science biologique42, n’y change rien : l’idéologie de genre ne crée pas le sexe animal (dont les multiples « intersexes » sont loin d’être ignorés par la zoologie ou l’éthologie).
Si l’on parle alors de type – et non pas de catégorie –, on peut s’accorder sur l’existence d’un dimorphisme générique, celui de deux sexes humains essentiels :
- Mâle : un chromosome X et un Y, des testicules, un pénis, les canaux internes permettant l’évacuation de l’urine et du sperme, et des caractères sexuels secondaires prédominants (musculature, barbe) ;
- Femelle : deux chromosomes X, des ovaires, les canaux internes permettant l’évacuation de l’urine et des ovules, le système nécessaire à la grossesse et au développement fœtal, et des caractères sexuels secondaires (seins).
Au-delà, sans vouloir participer à une « utopie multigenrée »43, mais pour tous ceux qui le souhaitent, il semble devenu nécessaire de qualifier l’ensemble des sexuations divergentes et asexuations. Cette nécessité est d’ordre sociétale, la reconnaissance pouvant assurer une meilleure protection et limiter les chirurgies normalisantes imposées44.
On trouve pour le désigner, dans la littérature anglo-saxonne, des appellations comme « n-sex », « meta-sex », « next sex » ou « no-sex », mais aucune ne couvre l’ensemble des cas. Si le Consortium on management of disorders of sex development évite à juste titre le terme trop ambigu d’intersexe, son « DSD »45 peut paraître stigmatisant46. « Hermaphrodite », on l’a vu, serait totalement impropre. GNC (gender nonconforming, genre non conforme) serait-il mieux ? L’Allemagne, depuis 2013, autorise un état civil non renseigné (unbestimmt Geschlecht, sexe indéterminé) et, fin 2017, on l’a vu, attendait des parlementaires une « désignation positive du sexe » : « inter », « divers » ou autre47. En Australie, depuis 2014, c’est la mention « non spécifique » qui est autorisée pour l’état civil, alors qu’en France, une décision de justice en faveur de la désignation « neutre » a été récemment invalidée en appel puis en cassation48. Reste l’étape du Tribunal européen des droits de l’homme49 !
Sachant que « le Conseil de l’Europe préconise aux États membres de ne pas choisir un marqueur de genre spécifié (« masculin » ou « féminin ») [… et que] le Défenseur des droits s’est dit favorable au droit pour toute personne de ne pas renseigner la mention de son ‘‘sexe’’ sur les documents de la vie courante »50, nul doute que la loi changera, mais quand ? et jusqu’où ?
On le voit, la loi a du mal à se conformer au biologique, alors qu’en matière de genre, elle semble bien moins timide : avec les changements de genre dès l’âge de quatorze ans (Québec, 2016), le transsexualisme qui, depuis peu, n’est plus considéré comme une maladie mentale (France, 2010)51 et l’institutionnalisation des mariages de mêmes sexes. Pourtant, les enjeux paraissent semblables avec, dans un cas, réfreiner les mutilations non consenties de « déviants »52, et dans l’autre réduire la discrimination pouvant conduire certains concitoyens masculins à en brûler vif d’autres, sous prétexte d’homosexualité53, ou certains états à autoriser des traitements « sans fondement scientifique » destinés à modifier l’orientation sexuelle des homosexuels54.
Avec Denise Riley (1948-), on pourra regretter « l’insupportable allure d’éternité de la polarité sexuelle », mais, hors transhumanisme, cette polarité semble depuis toujours et à jamais établie chez l’être humain. Cela n’enlève rien au « caractère historiquement construit de l’opposition (entre le masculin et le féminin) [qui] produit comme un de ses effets cet air justement invariable et monotone d’opposition hommes/femmes »55, mais alors, on quitte le sexe pour le genre : « la plus fondée des illusions collectives »56, peut-être !
Notes
- « La chose fondamentale est que les femmes sont plus semblables aux hommes que tout ce qu’il y a d’autre dans le monde. Ce sont des êtres humains. Vir est mâle, Femina est femelle, mais Homo est mâle et femelle » ; Dorothy Leigh Sayers, “The human-not quite-human”, Are Women Human? Astute and Witty Essays on the Role of Women in Society, London, 1959 (posthume).[↩]
- « La nature humaine était primitivement bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui. D’abord, il y avait trois sortes d’hommes, les deux sexes qui subsistent encore, [189e] et un troisième composé des deux premiers et qui les renfermait tous deux : il s’appelait androgyne ; il a été détruit, et la seule chose qui en reste, est le nom qui est en opprobre », Platon, Le Banquet, Œuvres de Platon, trad. V. Cousin, Paris : Rey, 1849.[↩]
- Making sex, body and gender from the Greeks to Freud, Cambridge: HUP, 1990, p. viii.[↩]
- Chez Galien (129-v. 216), les organes femelles sont vus comme des versions internes des organes mâles externes (women are but men turned outside in) : le vagin comme pénis, l’utérus comme scrotum, les lèvres au prépuce, voire les menstrues comme hémorroïdes saignantes ; Thomas Laqueur, La fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, trad. M. Gautier, Paris : Gallimard, 1992, p. viii & 4.[↩]
- Thomas Laqueur, ibid., p. ii.[↩]
- Ce qui n’était pas le cas déjà chez Aristote : « souvent la femme conçoit sans avoir éprouvé le moindre plaisir dans la copulation », Génération des animaux, L. I, ch. XII, 728a. Également : « La sensation ayant été éprouvée tout aussi vivement, et l’homme et la femme ayant fourni la même course, il n’y a pas cependant de génération » (ibid.).[↩]
- « À l’époque moderne, Freud qui reconnaît une unicité de la libido malgré deux sexes distincts est le cas d’exception », Annick Jaulin, « La fabrique du sexe, Thomas Laqueur et Aristote », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés (en ligne), n° 14, 2001 (pp. 195-205), § 8.[↩]
- « La rhétorique aristotélicienne devient alors celle du sexe unique », Thomas Laqueur, ibid., p. 49.[↩]
- « La femme ressemble à un homme qui n’engendre plus ; elle est frappée d’une sorte d’impuissance », Génération des Animaux, L. I, ch. XIV, 728b).[↩]
- Génération des Animaux, 768a25-28 et 768a21-23.[↩]
- Annick Jaulin, op. cit., § 14. L’engendrement concerne « à la fois l’individu et le genre, mais davantage l’individu, car cela est substance » (767b32-34), ibid. La thèse d’Annick Jaulin, « Genre, genèse, génération chez Aristote » (1995) a été publiée en 1999 chez Klincksieck : Eidos et ousia. De l’unité théorique de la Métaphysique d’Aristote.[↩]
- Le Monde.fr, 8 nov. 2017, la désignation est laissée au choix des parlementaires : « inter », « divers » ou tout autre « désignation positive du sexe » (ibid.).[↩]
- Das dritte Geschlecht (1899, Le troisième sexe) est un roman d’Ernst von Wolzogen (1855-1934) dénommant ainsi les féministes : femme à l’extérieure, âme défectueuse d’homme à l’intérieur, alors que dans l’essai Forschungen über das Rätsel der mannmännlichen Liebe (1864-1865, L’énigme de l’amour entre hommes) de Karl-Heinrich Ulrichs (1825-1895), sa théorie biologique du « troisième sexe » concerne les hommes homosexuels, disposant cette fois d’« une âme de femme dans un corps d’homme ».[↩]
- « La personne plaignante a présenté aux juges suprêmes des analyses chromosomiques mettant en évidence qu’elle n’était ni un homme ni une femme », Le Monde.fr, ibid.[↩]
- Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), sous le pseudonyme Numa Numantius, « Vindex » : Social-juristische Studien über mannmännliche Geschlechtsliebe (« Études sociojuridiques sur l’amour sexuel entre hommes »), Leipzig : Heinrich Matthes, à compte d’auteur, 1864. Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), sous le pseudonyme Numa Numantius, « Vindex » : Social-juristische Studien über mannmännliche Geschlechtsliebe (« Études sociojuridiques sur l’amour sexuel entre hommes »), Leipzig : Heinrich Matthes, à compte d’auteur, 1864.[↩]
- Minna Wettstein-Adelt (1869- ?), sous le pseudonyme Aimée Duc, Sind es Frauen ? Roman über das dritte Geschlecht (« Les femmes existent-elles ? Roman sur le troisième sexe »), Berlin : R. Eckstein Nachf., 1901.[↩]
- Théophile Gautier (1811-1872), Mademoiselle de Maupin (1835), Paris : Charpentier, 1876, p. 363.[↩]
- Le canon pāli, ou Tipiṭaka (Trois Corbeilles) regroupe les textes, en langue pāli, constituant la doctrine du bouddhisme Theravada.[↩]
- Très précisément, ubhatobyanjanaka s’avère caractériser en premier lieu le genre, alors que pandaka renvoie aux formes spéciales de sexualité ou à son incapacité. Ainsi, « dans les toutes premières communautés bouddhistes, les hommes pénétrés analement étaient vus comme étant féminisés et jugés hermaphrodites. En revanche, les hommes pratiquant la fellation n’étaient pas considérés comme franchissant une frontière sexe/genre, mais plutôt comme ayant des pratiques sexuelles anormales sans que cela menace leur existence de genre masculin », Peter A. Jackson, “The Persistence of Gender: From Ancient Indian Pandakas to Modern Thai Gay-Quings”, Meanjin 55, n° 1 (University of Melbourne), 1996, pp. 110-120 ; nous traduisons. « Les deux termes renvoient à l’unique catégorie de l’homosexualité masculine actuelle, telle que culturellement construite en Occident, alors qu’à l’époque du Bouddha, ils étaient des marqueurs de types individuels distincts » (ibid.). Voir également Janet Gyatso, “One Plus One Makes Three: Buddhist Gender Conceptions and the Law of the Non-Excluded Middle”, History of Religions, 2003, n° 2, University of Chicago press.[↩]
- Anne Fausto-Sterling, « The Five Sexes: Why male and female are not enough », The Sciences, May/April 1993, pp. 20-24.[↩]
- L’étude de personnes partiellement « hermaphrodites » montre une immense variété d’anatomies sexuelles, cf. Anne Fausto-Sterling, « The Five Sexes, Revisited », Sciences (New York), vol. 40, n° 4, 2000, pp. 18-23. Également, voir : Anne Fausto-Sterling, trad. Anne-Emmanuelle Boterf, Les cinq sexes : Pourquoi mâle et femelle ne suffisent pas ?, Paris : Payot, 2013.[↩]
- Gonade ayant à la fois les caractéristiques d’un testicule et d’un ovaire.[↩]
- Alice D. Dreger, Cheryl Chase, Aron Sousa, Philip A Gruppuso & Joel Frader, « Changing the Nomenclature/Taxonomy for Intersex: A scientific and Clinical Rationale », Journal of Pediatric Endocrinology & Metabolism, 18, London : Freund, 2005, p. 729. http://www.aissg.org/ PDFs/Dreger-Nomenclature-2005.PDF. Nous traduisons.[↩]
- Edwin Klebs, Handbuch der Pathologischen Anatomie (“Manuel des anatomies pathologiques”), Berlin : Hirschwald, 1876, spec. vol. 1, p. 718 ; Dreger, op. cit., p. 730.[↩]
- Un hermaphrodite, par définition, dispose en totalité des appareils génitaux et sexuels des deux sexes, ce qui n’est jamais apparu chez les hominidés.[↩]
- Ensemble des caractères observables, apparents, d’un individu, d’un organisme dus aux facteurs héréditaires (CNRTL).[↩]
- Ensemble des caractères somatiques ou psychologiques qu’un individu ou une espèce reçoit par transmission héréditaire, véhiculés par les gènes (CNRTL).[↩]
- Dreger, op. cit., p. 730. Nous soulignons. Les auteurs formulent une liste de recommandations (p. 733), mais pas de nouvelle taxinomie à ce stade.[↩]
- Le syndrome d’insensibilité complète aux androgènes (SICA) est une anomalie du développement sexuel caractérisée par la présence d’organes génitaux externes féminins chez un individu de caryotype 46,XY dont les testicules sont normalement développés mais en position abdominale et qui ne répond pas aux androgènes à des taux adaptés à l’âge ; Orpha.net (Le portail des maladies rares et des médicaments orphelins). En anglais : CAIS – Complete Androgen Insensitivity Syndrome.[↩]
- Ce déficit a permis d’expliquer les cas fréquents (2%), dans un village isolé du sud-ouest de la République dominicaine dans les années 1970, d’enfants nés filles mais devenant hommes à la puberté : les guevedoces (littéralement : « pénis à 12 ans ») ou machihembras (« d’abord femme, ensuite homme »), médicalement des « pseudo-hermaphrodites mâles » ; Ralph E. Peterson, Julianne Imperato-McGinley, Teofilo Gautier, Erasmo Sturla, « Male pseudohermaphroditism due to steroid 5α-reductase deficiency », The American Journal of Medicine, vol. 62, 2nd issue, Feb. 1977, pp. 170-191.[↩]
- Consortium on the Management of Disorders of Sex Development, Clinical Guidelines for the Management of Disorders of Sex Development in Childhood, 2006 (www.dsdguide lines.org).[↩]
- Lise Barnéoud, « Quand la science redéfinit l’opposition entre les sexes », Science & Vie n° 1207, avril 2018, p. 45.[↩]
- Nations Unies, Droits humains, Bureau du haut-commissariat, « Intersexe », Note d’information, https://www.unfe.org/fr/intersex-awareness/. Également : “How sexually dimorphic are we? Review and synthesis” (Melanie Blackless, Anthony Charuvastra, Amanda Derryck, Anne Fausto-Sterling, Karl Lauzanne, Ellen Lee), American Journal of Human Biology, Apr. 2000, 12 (2), pp. 151-166. Une à deux naissances sur mille donnent lieu à des chirurgies correctives (ibid.).[↩]
- Dans cette anomalie fréquente, mais le plus souvent bénigne et aisément réparable, l’orifice du pénis (l’ouverture de l’urètre) est situé sur le corps du pénis ou, plus rarement, sur le scrotum ou dans le périnée.[↩]
- Anencéphalie, Spina bifida, Transposition des gros vaisseaux, Tétralogie de Fallot, Hypoplasie du ventricule gauche, Coarctation de l’aorte, Fentes labiales et labio-palatines, Fentes palatines, Atrésie de l’œsophage, Atrésie anorectale, Hernie diaphragmatique, Laparoschisis, Omphalocèle, Agénésie rénale bilatérale, Hypos-padias, Réduction de membres, et les anomalies chromoso-miques : trisomie 21 (S. de Down), trisomie 18 (S. d’Edwards), trisomie 13 (S. de Patou), syndrome de Turner, syndrome de Klinefelter, tels que rappelés par Santé publique France.[↩]
- Cf. Philippe Testard-Vaillant, « Combien y a-t-il de sexes ? », lejournal.cnrs.fr, 2 août 2016. Voir également : Thierry Hoquet, Des sexes innombrables, le genre à l’épreuve de la biologie, Paris : Seuil, 2016.[↩]
- Philippe Testard-Vaillant, ibid. ‘‘Scientific efforts to fix sex definitively, as in the Olympic Committee’s testing of the chromosomal configuration of buccal cavity cells, leads to ludicrous results” (les efforts scientifiques pour fixer définitivement le sexe, comme dans les tests de configurations des cellules de la cavité buccale par le Comité olympique, conduisent à des résultats ridicules), Thomas Laqueur, Making Sex. Body and Gender from the Greeks to Freud, Cambridge: HUP, 1990, p. viii.[↩]
- Philippe Testard-Vaillant, ibid. Dès lors, les taux d’hormones stéroïdes (appellation neutre) deviennent des caractéristiques naturelles (hors dopage) au même titre que des grandes jambes ou des gros bras, selon le sport pratiqué.[↩]
- Cf. Anne Fausto-Sterling, Corps en tous genres : La dualité des sexes à l’épreuve de la science, trad. Oristelle Bonis et Françoise Bouillot, Paris : La Découverte, 2012, spéc. sur l’histoire des hormones dites « sexuelles » : ch. VI, VII et VIII. Voir également sa critique de l’âge d’or de l’endocrinologie, où la chimie « imprègne le corps, de la tête aux pieds, de significations genrées » (p. 171).[↩]
- Éric Vilain (du laboratoire Épigénétique, données, politique de l’Unité CNRS/UCLA), cité par Philippe Testard-Vaillant, ibid.[↩]
- De même qu’un sourd, un aveugle, ou tout autre handicapé de naissance (ou pas) demeure un être humain. Et si l’infertilité est considérée comme un handicap, au même titre que l’impuissance ou la frigidité – pour rester dans le domaine sexuel –, toute sexuation « autre » n’est pas nécessairement une infirmité, au même titre qu’avoir de grands pieds ou de petites oreilles n’en n’est pas forcément une.[↩]
- Également chez la biologiste Joëlle Wiels : « L’idéologie patriarcale […] imprègne la plupart des sociétés. De la fin des années 1950 au début des années 1990, la biologie – qui n’est pas, et ne sera jamais, un savoir neutre – s’est focalisée sur les gènes impliqués dans la formation des testicules et a totalement ignoré ceux susceptibles d’intervenir dans le développement des ovaires. L’idée a prévalu, jusque récemment, que l’on naît fille à défaut de posséder certains gènes de masculinité, et que le chromosome Y joue un rôle dominant dans la sexuation », Joëlle Wiels, citée par Philippe Testard-Vaillant, ibid. Ou encore le modèle unisexe précédé du genre selon Thomas Laqueur, on l’a vu.[↩]
- Anne Fausto-Sterling, Corps en tous genres : La dualité des sexes à l’épreuve de la science, op. cit., p. 134.[↩]
- Par exemple, à Malte, la loi récente de 2015 : A Gender Identity, Gender Expression and Sex Characteristics, « interdit explicitement les traitements et/ou interventions chirurgicales d’attribution de sexe qui peuvent être réalisés plus tard, au moment où la personne peut donner son consentement éclairé, sauf circonstances exceptionnelles », anonyme, « La condition des personnes intersexes à l’étranger », lemonde.fr, 21 mars 2017.[↩]
- Disorders of Sex Development : Désordres du développement sexuel.[↩]
- Le Sénat français propose ainsi de remplacer « troubles/désordres du développement sexuel » par « variations du développement sexuel », in « Variations du développement sexuel : lever un tabou, lutter contre la stigmatisation et les exclusions », Rapport d’information de Mmes Maryvonne Blondin et Corinne Bouchoux, fait au nom de la délégation aux droits des femmes, n° 441 (2016-2017), 23 fév. 2017.[↩]
- Le Monde.fr, 8 nov. 2017. On pourra y voir l’influence réciproque de la langue et de la culture, l’allemand disposant d’un neutre, le français ou l’italien non.[↩]
- « La loi française ne permet pas de faire figurer, dans les actes de l’état civil, l’indication d’un sexe autre que masculin ou féminin […], et cette binarité des sexes est nécessaire à l’organisation sociale et juridique », arrêt de la cour de cassation, cité par Laurence Neuer, « La Cour de cassation refuse la mention ‘‘sexe neutre’’ à l’état civil », Lepoint.fr, 5 mai 2017. Selon l’avocat du plaignant, « [… la Cour] se réfugie derrière les bouleversements que cela créerait en invoquant un aspect purement technique, la modification de dispositions législatives » (ibid.).[↩]
- Qui « admet ‘‘un droit à l’identité sexuelle, droit lié à l’épanouissement personnel, qui est un aspect fondamental du droit au respect de sa vie privée’’ », Isabelle Mourgère, « Troisième sexe, genre neutre ou intersexué : la France fait un premier pas, puis recule », information.TV5monde, 24 mars 2016.[↩]
- Laurence Neuer, ibid.[↩]
- La transsexualité est supprimée du code de la Sécurité sociale qui la considérait jusque-là comme l’une des « affections psychiatriques de longue durée », Achille Weinberg, « Nos quatre sexes », Sciences Humaines, 9 janv. 2017.[↩]
- Voir Human Rights Watch, “I Want to Be Like Nature Made Me. Medically Unnecessary Surgeries on Intersex Children in the US” (« Je veux être comme la nature m’a faite. Opérations chirurgicales non nécessaires sur les enfants intersexués aux Etats-Unis »), https://www.hrw.org/ report, 25 juil. 2017.[↩]
- « Sébastien, 35 ans, brûlé vif parce qu’homosexuel », Le Monde, 3 février 2004 ; mais aussi en Irak ou en Ouganda et ailleurs.[↩]
- Par exemple l’Allemagne : « un millier de traitements par an », mais qui envisage de les interdire ; Ninon Renaud, « L’Allemagne veut interdire les thérapies anti-homosexuels », lesechos.fr, 12 juin 2019.[↩]
- Denise Riley, « Summary of Preamble to Interwar Feminist History Work », article inédit présenté au Séminaire du Pembroke Center, mai 1985, p. 11 ; cité par Joan Scott, Éléni Varikas, « Genre : Une catégorie utile d’analyse historique », Les Cahiers du GRIF, n° 37-38, « Le genre de l’histoire », 1988 (pp. 125-153), p. 138 ; également in Jeanne Bisilliat, Christine Verschuur (dir.), « Le genre : un outil nécessaire : Introduction à une problématique », Cahiers Genre et développement n° 1, Paris : L’Harmattan, 2000, p. 53.[↩]
- Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Paris : éd. de Minuit, 1980 ; cité par Joan Scott, op. cit., p. 143.[↩]