« État politique dans lequel la souveraineté appartient à la totalité des citoyens, sans distinction de naissance, de fortune ou de capacité » (Lalande, nous soulignons), ce qui signifie que le pouvoir est à tous (pas forcément en même temps et dans tous les domaines), il faudrait alors parler d’une panarchie. La problématique réside dans l’exercice de cette souveraineté.
L’histoire récente a assimilé régime représentatif et démocratie, alors qu’ils furent expressément opposés par les fondateurs modernes (Angleterre, États-Unis, France). Or, la démocratie n’est pas le pouvoir de la majorité, mais l’intégration des minorités, ni le totalitarisme d’une minorité : les ploutocraties et élitocraties actuelles. Il faudrait désormais parler de diacratie (le pouvoir est partagé) pour retrouver le sens original de « démocratie ».
Plus spécifiquement
En effet, le terme « démocratie » a subi un glissement sémantique : d’un principe d’auto-gouvernement collectif, il est devenu une étiquette légitimante apposée à des systèmes profondément oligarchiques. L’élection, conçue par les penseurs libéraux comme un mécanisme aristocratique (sélection des « meilleurs »), a progressivement supplanté le tirage au sort, que les Anciens considéraient comme l’expression proprement démocratique du pouvoir. Thomas More, Montesquieu ou encore Rousseau soulignaient déjà le danger d’identifier la volonté générale à la seule arithmétique électorale.
Dans sa forme authentique, la démocratie implique la délibération et la subsidiarité : les décisions doivent être prises au niveau le plus proche des citoyens concernés, afin d’éviter la concentration du pouvoir. Elle requiert aussi l’existence d’institutions protectrices des droits fondamentaux, car une majorité sans limites peut opprimer comme une minorité tyrannique.
Enfin, la démocratie véritable suppose une vertu civique : sans éducation politique, sans sens du bien commun, la souveraineté populaire dégénère en spectacle médiatique, en clientélisme ou en gouvernance des passions. La diacratie, entendue comme répartition et articulation des pouvoirs entre groupes, corps intermédiaires et communautés locales, répondrait mieux aujourd’hui à l’exigence d’équilibre originelle. Elle restituerait au citoyen non seulement un droit de vote, mais une capacité effective d’agir au sein de la cité.
Pour aller plus loin
– Aristote, Politique, III–IV (typologie des régimes et corruption de la démocratie).
– Rousseau, Du Contrat social (volonté générale vs volonté de tous).
– Tocqueville, De la démocratie en Amérique (tyrannie de la majorité, médiation des corps intermédiaires).
– Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif (élection comme principe aristocratique).
– Pierre Rosanvallon, La contre-démocratie (contrôles, contre-pouvoirs, vigilance).
– Bruno Bérard, La démocratie du futur. Le partage du pouvoir (Paris, L’Harmattan, 2022) ; non traduit à ce jour.