Introduction

Un Israélien n’étant pas forcément juif, ni un musulman nécessairement arabe, il nous a semblé qu’il ne serait pas inutile pour commencer, et d’abord pour nous-même, de réviser cet ensemble incroyable de dénominations, parfois confondues, souvent mélangées, et dont nous n’avons pas toujours clairement à l’esprit les définitions précises : musulman, arabe, arabique, arabisé, islamiste, islamique, mahométan, ismaélien, ismaélite, assassin, chiite, imamite, sunnite, kharidjites, hanbalite, wahhabite, nozayris, mahdiste, nizarite, zaydite, alawite, soufi, marabout, fakir, derviche, druze, palestinien, sémite, sémitique, chamitique, juif, judéen, judaïque, sioniste, hébreu, hébraïque, sépharade, séphardite, ashkénaze, achkénazites, israélien, mosaïque, israéliste, israélite1. Ensuite, il sera sans doute instructif de prendre un certain recul sur ce vocabulaire et, à partir de la locution « l’Arabe chrétien israélien », sur les idées reçues qu’il véhicule2.

Quand bien même les significations des mots « palestinien » et « sioniste » seront indiquées, il s’agit d’un essai en rien politique, mais d’abord terminologique, partiellement lexicologique et étymologique, et, surtout, philosophique.

L’univers du vocabulaire associé à « juif ».

Les Sémites sont les Juifs, les Arabes… – voire les Chrétiens !

Il convient de commencer par « Sémites », puisque ce terme désigne aussi bien les Arabes, les Éthiopiens et les Juifs, parmi les différents « peuples » issus d’un groupe ethnique originaire d’Asie occidentale et parlant des langues aux caractères communs, comme le sémitique oriental (l’akkadien) et le sémitique occidental divisé en groupe septentrional, où l’on trouve l’hébreu (ainsi que le cananéen, phénicien, araméen, ougaritique, moabite et syriaque), et groupe méridional, où l’on trouve l’arabe (ainsi que le sudarabique et les langues éthiopiennes)3. Certains de ces peuples constituèrent des empires : C’est au nord que se forma le premier empire sémitique, celui de Sargon, en 28724 et, globalement, ces peuples sémitiques […] ont joué un rôle historique considérable [puisqu’ils] ont créé l’écriture alphabétique et fondé les trois grandes religions [dites] monothéistes5, écriture partiellement issue du cunéiforme sumérien6.

On caractérisera davantage les Sémites en les opposant à d’autres peuples, et notamment aux deux autres issus de Noé qui eut trois fils : Sem, Japhet et Cham7. En effet, « sémite » vient de Sem (lat. Sem, gr. Σήμ, hébr. Shēm), cependant que les peuples japhétiques (synonyme d’aryen) sont issus de Japhet (lat. Japheth,gr. Ιάφεθ, hébr. Yepheth) à qui la tradition attribue l’origine des « races » européennes et l’ensemble de langues s’étendant sur toute l’Europe et regroupant le « scythe » (à peu près l’ouralo-altaïque) et le « celtique » (à peu près l’indo-européen)8, et que les peuples chamitiques, issus de Cham, donneront les populations d’Afrique orientale. Ainsi, Sem […] tint toute Aise le grant, Cam tint toute Aufrike, et Jafet tint Europe9.

Faut-il donc préciser que l’emploi de « sémite » ou de « chamitique » pour « juif », bien que parfois aperçu10, est abusif (sémite) – et contradictoire (chamitique) ?

Ajoutons, pour finir, que « les chrétiens sont des sémites », selon la Déclaration de Pie XI à un groupe de pèlerins de la Radio catholique belge, le 6 septembre 1938 : Il n’est pas possible aux chrétiens de participer à l’antisémitisme […] Nous sommes spirituellement des sémites11.

Les Judéens deviennent des Israélites puis des Juifs – voire des Musulmans !

Dans l’histoire ancienne, les Judéens vivaient dans le Royaume de Juda (ou en étaient originaires), nom de l’un des deux royaumes de Palestine (931-586 environ) qui deviendra plus tard la Judée, l’une des trois provinces de Palestine, avec la Galilée et la Samarie. Lorsque [… la] Samarie disparaît, la Judée compte dans ses limites non seulement des Judéens proprement dits, mais aussi des ressortissants israélites, des hommes d’Éphraïm, de Manassé, d’Asher, de Naphtali, qui vont partager dans la suite, la destinée de leurs frères judéens12.

C’est que, à l’origine, « israélite » s’oppose à « judéen », comme dans « Meguiddo (ville indiscutablement israélite et non judéenne) »13. En effet, l’Israélite appartient au peuple issu de Jacob, nommé aussi Israël, et dont l’histoire, relatée dans la Bible, débute à la sortie d’Égypte : L’espace diminuait rapidement entre les troupes égyptiennes et les tribus israélites. Ce fut […] près de la mer des Algues, que les Égyptiens atteignirent les Hébreux14. Après le schisme post-salomonien15 et par opposition à judéen (habitant du Royaume du Sud), l’Israélite appartient au royaume biblique du Nord, ou royaume d’Israël. N’étaient-ils pas eux, les Judéens, des rescapés de la grande tourmente qui avait anéanti les Israélites du Nord ?16

Pour autant, « israélite » est le vocable qui, de par la référence à Israël, et bien avant la constitution de l’État éponyme, prévaudra sur la dénomination des vainqueurs judéens : À ses Juifs, New-York, comme Moscou, doit l’intensité de sa vie théâtrale. C’est dès l’arrivée des émigrants israélites de l’Europe centrale, à la fin du XIXe siècle, que la scène américaine s’élance à la conquête du monde17. Bien que « Judéen » soit ainsi devenu synonyme d’« Israélite », voire de « Juif »18, la Judée a longtemps été musulmane : comme Jérusalem et Bethléem devenaient une enclave chrétienne dans la Judée restée musulmane, […] les populations musulmanes du plateau judéen devaient laisser toute liberté aux pélerins [sic] chrétiens circulant sur la route de Jaffa à Jérusalem […]19.

Les Hébreux sont des Israélites, puis des Juifs – voire des Palestiniens !

Les Hébreux, dans la période néotestamentaire et par opposition aux Juifs hellénistiques, sont les Juifs de souche palestinienne20, donc des palestiniens mais caractérisés par une langue propre, l’hébreu. En effet, l’hébreu est désormais surtout une langue : la langue sémitique occidentale parlée par les Hébreux jusqu’à l’exil de Babylone21 ; ainsi, c’est près de six siècles avant Jésus-Christ, [que] les Hébreux, [sont] devenus des Juifs, [ils] ne parlaient ni n’entendaient plus leur langue originelle22. Ensuite, cette langue est restée vivante en tant que langue sacrée et, enfin, elle est devenue la langue officielle de l’État d’Israël. Chateaubriand (1768-1848) pourra dire de l’hébreu, concis, énergique, presque sans inflexion dans ses verbes, exprimant vingt nuances de la pensée, par la seule apposition d’une lettre, [qu’il] annonce l’idiôme [sic] d’un peuple qui, par une alliance remarquable, unit à la simplicité primitive une connoissance profonde des hommes23 !

De facto, si hébreu est synonyme de israélite à partir de la sortie d’Égypte ; il est synonyme de juif à partir de l’exil babylonien24.

Quant à « hébraïque », ce sera simplement ce « qui concerne les Hébreux, qui leur appartient » et ce « qui est ou semble caractéristique des Hébreux »25, ainsi que ce qui touche à la langue, tel le célèbre livre La langue hébraïque restituée (1815) d’Antoine Fabre d’Olivet.

Le « peuple » juif supplante tous les autres : Hébreux, Judéens, Israélites.

« Juif » est donc la dénomination qui va prévaloir. En effet, le nom hébreu Yehoudim ne se lit pas dans la bible avant le temps de Jérémie, contemporain de la destruction du 1er temple ; […] la transcription de ce mot en Ioudaioi, Judaei, judéens ou juifs, prévaudra sur hébreux et israélites26,le mot « juif » dérivant directement de « judéen » : après la mort du roi Salomon, le petit royaume du Sud, dont le rayonnement dépasse l’importance géographique, est appelé « Royaume de Juda » […] tous ses ressortissants seront des yehoudim − des « juifs »27. Et, comme on l’a vu, c’est, « déportés » à Babylone, que les Judéens deviennent juifs : C’est en Babylonie que la grande majorité des Judéens sont déportés […]. Les Juifs de Babylone vont être […] les témoins d’un des bouleversements les plus spectaculaires de l’Orient ancien : l’écroulement de l’empire chaldéen28.

En français, le mot « juif », provient de l’ancien français Juiu, Juieu, lui-même dérivé du latin Judaeus, issu de l’hébreu Yehudi. Il désigne donc bien, primitivement, les Judéens, ressortissants du royaume de Juda (940 à 586 av. J.-C.) – dont une première mention biblique est faite dans le IIe Livre des Rois (XVI, 6) –, avant de s’appliquer « au peuple d’Israël » dans son ensemble, bien qu’à toutes les époques – après la fin de l’État juif antique – « il » vive dispersé parmi les nations et partageant souvent leur vie – ce qui contribue à rendre cette notion de peuple « sujette à contestation »29.

Mais un « Juif », avec majuscule, ne marque pas seulement l’appartenance à un peuple (contesté) ou à la « communauté israélite », ainsi que l’indique, par synonymie, le dictionnaire courant30, car un « juif », avec minuscule, disposant également d’« israélite » pour synonyme, se réfèrera à la religion judaïque, ou juive, ou donc israélite ! C’est pourquoi être ‘‘juif ’’ n’est exclusivement ni l’appartenance à une ethnie ni l’adhésion à une foi, mais une condition qui, généralement acquise par la naissance, compte néanmoins des implications spirituelles 31.

Juif (ou israélite) ou judaïque (ou mosaïque), « peuple » ou religion ?

Si « juif » sera tout ce « qui concerne les Juifs, qui leur appartient »32 et tout ce « qui concerne le judaïsme, qui lui appartient »33, il faut remarquer que sera « judaïque » également tout ce « qui concerne les juifs, qui leur appartient » et tout ce « qui concerne le judaïsme, qui lui appartient »34. Ainsi donc, ces deux parfaits synonymes, « juif » et « judaïque », caractérisent aussi bien le « peuple » que la religion. Pour autant, les dictionnaires courant35 ajoutent le synonyme « israélite », mais précisent qu’il s’emploie de préférence à juif, lorsque ce terme est ressenti négativement36. Une bonne illustration de « judaïque » se référant très largement à la civilisation, à la culture, c’est-à-dire, plus largement encore qu’aux notions de « peuple » et de religion, se lit chez Dumazedier : La culture générale se définit surtout par rapport aux modèles les plus raffinés de la tradition humaniste d’origine judaïque, romaine et hellénique37.

Pour ce qui concerne la religion juive : le judaïsme, on peut dire qu’il prend racine dans une longue suite d’expériences spirituelles […] qui eurent lieu parmi les Hébreux ou Israélites, groupe de tribus parlant une langue sémitique, fixé […] sur le sol de la Palestine actuelle, vers 1200 av. J.-Chr.38. Au substantif « judaïsme » – pour désigner, ici encore, la religion juive –, on connaît son éphémère synonyme « israélitisme », qui provient de l’également éphémère « israéliste »39 ainsi que « mosaïsme »40, qui dérive de mosaïque. « Mosaïque » est ce « qui provient de Moïse ou du mosaïsme, ou qui se réfère à ce personnage ou à sa doctrine » et le mosaïsme l’« ensemble des doctrines et des institutions que le peuple d’Israël reçut de Moïse »41. Le terme est illustré dans ce texte de Leroux : Les Esséniens, au contraire, représentaient le sentiment dans le mosaïsme, comme les Saducéens représentaient la sensation. À ceux-là l’idéal n’était pas voilé ; à ceux-là la notion véritable de la vie n’était pas cachée. Ceux-là savaient intuitivement le sens profond de la doctrine de Moïse, l’unité; ceux-là savaient que la vie est dans la charité, dans l’amour42.

On peut donc récapituler ainsi l’emploi des « adjectifs » identifiés :

Tableau des adjectifs synonymes de "juif" se référant au "peuple", à la religion ou à la langue.

La parfaite synonymie d’usage entre « juif » et « judaïque » s’illustre par le sens des substantifs « judaïcité », désignant l’« ensemble des Juifs »43 – ou une partie d’entre eux : La judaïcité d’Afrique du Nord est l’une des plus anciennes qui soit44 –, comme de ses synonymes « judéïté » et « judaïté »45. De là découle cette autre signification du mot : le « fait d’être juif »46, d’où l’expression« Affirmer sa judaïcité »47.

Sépharade ou Ashkénaze ?

Cette question médiatisée comme étant typique de deux Juifs qui se rencontrent, correspond essentiellement à deux zones géographiques de la diaspora, lesquelles, naturellement, induisent des différences culturelles et, parfois, de cultes, quoique de façon limitée :

Le Juif sépharade (ou sefarade ou séphardite) appartient à la branche « espagnole » du peuple juif, c’est-à-dire au judaïsme du pourtour méditerranéen et, par extension, au judaïsme oriental48. Ainsi : En Espagne, la culture des Juifs sepharades avait été l’œuvre d’une élite qui puisait aux sources de la philosophie et de la science classique49. En découle le « Sefaradisme » ou judaïsme sefarade ; par exemple : Dans cette capitale du « sefaradisme » [Salonique] […] [les Juifs] formaient les cinq huitièmes de la population50.

Le Juif ashkénaze (ou Askenaze, Askénaze, Ashkenaze, Ashkénaze, achkenaze, achkénaze, ashkenazi, ashkenazite, ashkénazi, ashkénazite, pluriel : achkénazim) appartient à la branche « allemande » du peuple juif, c’est-à-dire tout le judaïsme septentrional51 : La plupart des Juifs achkénazites − restes des communautés médiévales d’Angleterre, de France et d’Allemagne, ou d’autres centres plus éloignés − se rassemblèrent en Pologne et dans les territoires slaves voisins52.

Il y a, dès lors, à la fois distinction, et parfois mélange ou modification dans le temps de ces deux vastes origines ; ainsi écrivent Heschel : La distinction entre la culture sepharade et la culture ashkenaze est plutôt dans la forme que dans le contenu53, Rosenzweig : Je suis à moitié ashkénaze, à moitié séfarade: ma mère est ashkénaze […] d’une famille mi-alsacienne, mi-Europe de l’Est, et mon père vient d’Algérie54, et Schapper : Une communauté fondée par des Achkenazes et aujourd’hui majoritairement sépharade55.

Mais il est clair, comme on vient de le voir chez Heschel, qu’il y a aisée adaptation entre ces deux branches, ne serait-ce qu’autour du culte, selon l’exemple cité par Gugenheim : Des Achkenazim qui se trouvent dans une synagogue de rite sefarade − et vice-versa − font la prière à voix basse et à leur habitude et se conforment pour les répons à haute voix à l’usage local56.

Israélien ou sioniste ?

Passant d’israélite à israélien, on quitte la référence à un « peuple » ou une religion, pour celle de pays, de nation ou d’État. L’Israélien est ainsi celui qui vit en Israël, ou qui est originaire de l’État d’Israël. Si l’on peut néanmoins parler de « peuple israélien », c’est dans le sens où l’on parle du peuple français, par exemple, c’est-à-dire des habitants « à part entière » d’un pays ; ainsi parle-t-on de nation israélienne, de citoyen israélien, qui, comme tous les autres, se préoccupe du sort de son pays57.

Ce net passage entre cultures israélite et israélienne est apparu peu de temps après la création de l’État d’Israël, comme le note Catane : Dès aujourd’hui il existe ce qu’on peut appeler ‘‘une âme israélienne’’, par quoi se rassemblent et se ressemblent, malgré leurs divergences, les ressortissants juifs de l’État d’Israël de tout bord. En même temps apparaît une nette différence entre la mentalité de l’Israélite et celle de l’Israélien58. C’est qu’un pays peut rassembler, sous d’autres critères – ne serait-ce que ceux de l’économie quotidienne –, une population disparate. Ainsi peut-on lire : Toutes les tendances sont en fait représentées et dans la Palestine israélienne et dans la dispersion, depuis le traditionalisme extrême […] jusqu’au nationalisme areligieux59. S’il y a désormais des Israéliens, c’est parce qu’il y a eu, avant, des Sionistes. L’idée sioniste a ses lointaines origines dans les antiques prophéties messianiques (Ézéchiel, Isaïe II, etc.) qui associaient à l’espoir du retour à Sion des tribus dispersées, la vision de la paix universelle60. Elle a abouti à la fondation de « L’organisation sioniste mondiale […] à Bâle en 1897 sous l’impulsion directe de Theodor Herzl »61.

Entre la nostalgie de Sion – « permanente dans les consciences juives depuis l’exil et la dispersion » – et la création de l’État d’Israël, il y a le sionisme, mouvement politique et religieux provoqué au XIXe s. par l’antisémitisme russe et polonais, activé par l’affaire Dreyfus, et qui […visera] l’instauration d’un Foyer national juif sur la terre ancestrale62. Outre les pogroms en Russie, à partir de 1881, qui seront « un stimulant décisif », c’est le « réveil des nationalités » au XIXe s. qui sera l’une des circonstances les plus favorables au réveil du nationalisme juif. Il faut savoir que, dès 1882, des étudiants juifs de Kharkov fondent le groupe Bilou, à l’origine de l’établissement de villages en Palestine, où les communautés agricoles juives, en 1894, grouperont déjà quelque 4 000 personnes environ63.

Pour autant, on pourra distinguer entre plusieurs sortes de sionisme, au moins ceux mentionnés par Weill (nous sommes en 1931) : Il est […] plus d’une sorte de sionisme : sionisme sentimental et philanthropique, sionisme « culturel », sionisme politique, d’accord seulement sur la renaissance de l’« ethnos » d’Israël et sur ses possibilités d’avenir64.

S’il y a des Israéliens, c’est aussi parce des deux royaumes hébreux qui remplacent celui de Salomon (règne de -970 à -931), l’un s’appelle déjà Israël (au nord) et existera jusqu’en -722, tandis que l’autre s’appelle Juda (au sud, jusqu’en -587). Il nous semble maintenant possible de dresser ce tableau récapitulatif complet des adjectifs (et assimilés) qui concernent l’univers du vocabulaire associé à « juif » ; on en comptera quatre essentiels et actuels : l’un se référant exclusivement à la Nation (israélien), deux se référant, l’un comme l’autre, aussi bien au « peuple » qu’à la religion (juif et judaïque) et le dernier se référant à la langue (hébraïque, voire hébreu). Quant aux vocables de sépharade et ashkénaze, ils nous semblent se référer, de façon hybride, à la fois aux « peuples » de la première diaspora et aux nombreuses nations « d’accueil ».

Tableau positionnant "sépharade" et "ashkénaze" en référence à "nation" et "peuple".

L’univers du vocabulaire associé à « arabe » et à « musulman ».

Comme le titre de cette section l’indique immédiatement, il n’y a pas ici de confusion possible entre ce qui se rapporterait à un « peuple » ou à une ethnie (arabe) et ce qui se rapporte à une religion (musulman). Avant d’en traiter, regardons à quoi « palestinien » se réfère.

Palestinien ou arabe ?

En traitant de « judéen », nous avions été amené à parler de « palestinien » – la Judée étant en Palestine ! Qu’en est-il plus exactement ? Il convient alors de distinguer entre « histoire ancienne et moderne », et « histoire contemporaine ». En effet, selon la première, « palestinien » (adj. & subst.) se réfère certes à celui qui « est originaire, natif de la Palestine, qui y habite », ou bien (adj. seulement) à ce « qui appartient à la Palestine, à sa culture, à son histoire »65 mais, selon la seconde, « palestinien » (adj. & subst.) est celui qui est membre ou descendant de la communauté arabe établie en Palestine avant la proclamation de l’État d’Israël en 1947 et (adj. seulement) qui est relatif à cette communauté, à sa cause, à ses mouvements politiques, à ses actions militaires66. C’est-à-dire qu’on a au moins « trois Palestine » :

  • La Palestine de l’Antiquité : « ‘‘Syrie de Palestine’’ (Hérodote), expression par laquelle les écrivains grecs désignaient la partie méridionale de la Syrie, qui incluait la Judée », le grec ayant emprunté le mot, en en étendant la signification, à l’hébreu biblique pĕlesheth, qui désignait proprement le pays des Philistins, c’est-à-dire une région située approximativement entre Gaza et Eqron67.
  • L’ex-nation : le territoire qui fut attribué à la dernière entité juridique ayant porté ce nom : la Palestine sous mandat britannique68 (la « Palestine mandataire » désigne le statut politique établi par la Société des Nations en Palestine de 1922 à 1947 ; son administration fut confiée au Royaume-Uni69).
  • Le pays qui, en tant que tel, n’est plus sur la carte, mais dont les « habitants » ont gardé le nom : À l’heure où les Palestiniens vont peut-être retrouver une patrie70, il est à propos de rappeler ce qu’ils sont, puisqu’en effet, aujourd’hui, il n’y a plus de Palestine sur la carte du Proche-Orient71 ; c’est-à-dire le territoire géographique.

En tout état de cause, si la Palestine a été sémite, elle ne sera évidemment pas arabe avant les conquêtes de la dynastie des Omeyyades (660-750), puis celle des ‘Abbasides (750-1258).

Arabique, Arabe, arabisé : un peuple ou une langue ?

Un Arabe (du latin : arabs, arabis72, de l’arabe ‘arab, en gr. Αραψ) est un habitant – ou un natif – d’Arabie73, ou qui appartenait à « des peuples sémitiques de la péninsule arabique », ou qui, désormais, appartient « aux populations arabophones du Proche-Orient et du nord de l’Afrique »74. On est ici rapidement renvoyé de la géographie à la linguistique ! C’est que, « aux environs du IVe siècle de l’ère chrétienne, au moment où nous en saisissons les premières manifestations, et jusqu’au début du VIIe siècle, l’arabe était [seulement] l’idiome de quelques tribus nomades pour la plupart, errant dans les immenses déserts de l’Arabie, et dont seule une petite fraction s’était sédentarisée dans des oasis »75. Et en effet, du point de vue ethnolinguistique, les Arabes forment bien un peuple caractérisé essentiellement par l’usage de la langue arabe76.

Attesté, dès la seconde moitié du Ier millénaire avant J.-C., dans la péninsule arabique, sauf au sud, ce peuple a vaguement, dès une antiquité reculée, débordé quelque peu sur les pays limitrophes au nord, mais c’est seulement à partir de la conquête musulmane, au VIIe siècle, que cette véritable expansion « a abouti à l’assimilation (arabisation) de très nombreux peuples, des contreforts du Zagros à l’océan Atlantique »77 : « Proche-Orient, l’ensemble de la bordure méditerranéenne de l’Afrique, l’Espagne, la Sicile, Malte »78.

On a donc à peine un peuple arabe mais, surtout, un « idiome obscur », qui, « débordant ses déserts primitifs », va, au début du VIIe siècle et « en l’espace de quelques décennies, se trouver porté jusqu’aux confins d’un immense empire »79. Dès lors, les Arabes vont devenir l’ensemble des populations arabisées et arabophones, [offrant] des caractères anthropologiques et sociologiques extrêmement divers et partagés avec d’autres ethnies 80.

C’est pourquoi il semble nécessaire de recourir à cette notion de « monde arabe », de même qu’on a pu parler du « monde grec », du « monde latin ou romain », du « monde médiéval », et, actuellement encore, du « monde occidental », encore que dans ce cas, on associe paradoxalement au terme ethnolinguistique précis : l’arabe, le terme vague de « monde » (comparé à « civilisation » ou « nation »), néanmoins nécessaire au regroupement « des cités, des États, distincts du point de vue de leur histoire, de leur territoire, de leur culte, [… mais] rassemblés en unités culturelles surpassant ces différences »81. Pour mémoire, l’histoire du mot « arabe » en langue française, varie selon qu’on parle de l’ethnie, de la langue, des chiffres ou du cheval. Dans le premier sens (ethnie), on trouve vers 1100 le substantif Arrabit82, puis Ararbe en 157883 et enfin Arabe en 161184. « Arabe », pour la langue (adjectif comme substantif), apparaît en 168085 et pour les chiffres arabes en 1690, dans le Dictionnaire d’Antoine Furetière : On appelle aussi le chiffre Arabe, celuy dont on se sert pour les grandes supputations, par opposition au chiffre Romain, dont on se sert dans les comptes. Quant au cheval arabe, il est dénommé, dès la fin du XIIe siècle, arrabi (« Sor leurs chevaus arrabis et corans »86) et, par Chrétien de Troyes, arabi87.

Arabes et musulmans, deux « mondes » distincts

Si l’arabe (langue88) s’est rapidement diffusé et avec une amplitude inouïe, c’est parce que cette diffusion est liée à celle de l’islam (né en Arabie, vers 620), religion elle-même soutenue initialement par des conquêtes militaires victorieuses.

Langue de la Révélation coranique, l’arabe n’a néanmoins pas systématiquement supplanté les langues en usage dans les régions conquises ou converties, mais il s’est alors imposé comme langue de culture, ou du moins comme langue religieuse. En témoignent des pays comme la Turquie, l’Indonésie, le Pakistan, majoritairement musulmans mais ayant conservé leur propre langue89.

Dès lors, assimiler Arabes et musulmans serait totalement abusif. En effet, parmi les quelque 1,25 milliard de musulmans répartis dans le monde au début des années 2000, seulement 230 millions sont arabophones, et bien moins encore parlent l’arabe classique. L’expansion de l’islam est donc loin de coïncider avec un processus systématique d’arabisation. Et le monde arabe pris en lui-même est aussi bien plus divers que ne le laisse supposer cette confusion entretenue par les amateurs de choc des civilisations et autres nostalgiques des croisades, qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Il y a aussi des Arabes juifs, chrétiens, athées ou agnostiques90.

Religion islamique ou musulmane (ou mahométane) ?

À lire que le musulman est ce « qui est relatif ou conforme aux règles, aux coutumes, à la culture de l’Islam ou de la religion islamique », on en vient à se demander pourquoi deux termes, musulman et islamique, désignent la même chose. Si l’on trouve « musulmans » comme substantif à compter de 156291 et comme adjectif vers 168092, on avait précédemment, pour désigner les « adeptes de l’Islam », Mussulmans en 155393 et Montssolimans en 155194. Il s’agit en fait d’un emprunt, soit directement, soit par l’intermédiaire du turcmüslüman (singulier : « musulman »), au persan musulman ou musliman (pluriel « musulmans »), lui-même emprunté à l’arabe muslim, c’est-à-dire « musulman » lorsqu’on a adjoint la terminaison persane -an (marque du pluriel des noms d’êtres animés).

Si l’Islam, avec initiale majuscule, désigne l’« ensemble des peuples qui professent cette religion ; la civilisation qui les caractérise », l’islam, avec initiale minuscule, renvoie à la « religion des musulmans, prêchée par Mahomet et fondée sur le Coran »95, conformément à l’usage observé pour « le juif » (religion) et « le Juif » (« peuple »). En français, « Islam », se trouve dès 1697 : Islam[…] Ce mot se prend pour la Religion, et pour le pays des Mahometans [sic]96. Il est emprunté à l’arabe Alʾislām « soumission, résignation à la volonté de Dieu » et nous découvrons ici le rapport entre musulman et islamique : il est un verbe, aslama (« se confier, se soumettre, se résigner – à la volonté de Dieu ») dont, tout simplement, islām est le nom d’action97 et muslim est le participe actif !

Lorsque le mahométan « professe la religion de Mahomet ou religion musulmane », il est synonyme de musulman98, lorsque mahométan se réfère à ce « qui est relatif à cette religion ou aux adeptes de celle-ci », le synonyme est islamique99 ; bien sûr, par extension, mahométan a pu être synonyme de arabe : Combien j’aimais cette ‘‘musique mahométane’’, au flux égal, incessante, obstinée ; elle me grisait, me stupéfiait aussitôt, comme une vapeur narcotique, engourdissait voluptueusement ma pensée, écrivait André Gide100. Nous avons donc trois synonymes : musulman, islamique, mahométan, dont le dernier est maintenant inusité et les deux premiers parfaitement interchangeables – hormis peut-être la consonance d’« islamique » avec « islamiste », pouvant conduire à l’éviter au profit de « musulman ». De même, les substantifs « mahométisme » – voire « mahométanisme »101 – et « musulmanisme » sont maintenant remplacés par leur synonyme « islam » – l’ancien synonyme « islamisme », ayant pris récemment un sens particulier.

Musulman ou islamiste ?

Si « islamisme » n’est plus synonyme d’« islam », c’est qu’il a pris récemment le sens de Mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l’islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l’application rigoureuse de la charia et la création d’États islamiques […]102.

Par ailleurs, le trop récent « islamiste », qui lui correspond, est une « forme introuvable » dans la base lexicale et textuelle du CTRTL. Néanmoins, on le trouve dans l’article du Larousse encyclopédique qui indique que le premier penseur islamiste fut Djamal al-Din al-Afghani, dans la seconde moitié du XIXe s., et que « l’islamisme s’incarne dans la seconde moitié du XXe s. en trois mouvements : deux sunnites et un chiite » : Les mouvements sunnites sont l’association des Frères musulmans, fondée en 1927/1928 en Égypte par Hasan al-Banna’, et le Djama at-i-Islami, créé en 1941 en Inde, alors britannique, par Abul-Ala Mawdudi, auxquels s’ajoute, dans le monde chiite, le mouvement de « l’imam Khomeyni, en exil, [qui] réclame dès le début des années 1970 le pouvoir des religieux sur l’État »103. Si l’on pouvait dans le passé, dire « islamisme » pour « islam », on ne pourra donc en aucun cas dire « islamiste » pour « musulman ».

Shi‘ites ou sunnite, ou khāridjites ?

Distinction bien connue – en tout cas pour les deux premiers termes –, mais de nom seulement, il resterait à rappeler plus précisément ce qu’il en est. Pour autant, abordant les subdivisions, les branches ou les courants de l’islam, il s’avèrera impossible en quelques lignes d’aller bien plus loin que de les dénommer, et, surtout, de chercher à indiquer laquelle serait orthodoxe, les autres étant hétérodoxes (ce qui requerrait le même type d’autorité impossible qu’il faudrait pour juger, dans l’absolu, de l’orthodoxie entre catholiques, protestants et orthodoxes). Les sunnites (emprunté à l’arabe sunni) – hommes de la sunna (« règles de conduite ») et de la communauté (ahl al-sunna wa’l-djama‘a) – constituent l’une des trois grandes divisions de l’islam. Ils sont également dénommés ahl al-Kitab (hommes du Livre), ou ahl al-djama‘a, ou ahl al-idjtima‘ (hommes du consensus)104. On les trouve en Afrique du Nord, en Libye et en Égypte, en Arabie Saoudite, en Syrie et en ‘Iraq, au Pakistan, en Indonésie, en Afrique noire.  « On les trouve tantôt seuls, tantôt mêlés à des minorités khāridjites (Afrique du Nord) ou shi‘ites (Liban, Syrie, ‘Iraq, Inde) ; tantôt attachés à un islam qui se veut arabe (Coran arabe, Prophète arabe), tantôt à un islam plus ou moins altéré par l’intégration de croyances et de coutumes anciennes chez les peuples islamisés »105. Pour les dénommer, en français, on trouve sonni en 1653106, sonnite dans l’Encyclopédie de 1765107, et pourtant sunnite chez Melon, dès 1729108.

Les shi‘ites forment un groupe qui « représente une certaine manière de comprendre et de vivre l’islam qui remonte jusqu’aux origines de celui-ci, c’est-à-dire au vivant même du Prophète. Le mot ‘‘shi‘isme’’ est bizarrement formé en français par l’adjonction d’un suffixe tiré du grec au mot arabe shi‘a » (qui connote l’idée de suivre, d’accompagner). La shi‘a, c’est l’ensemble des adeptes, de l’école (il y a, par exemple, la shi‘a de Platon)109. Les shi‘ites se distinguent des sunnites sur le plan politique mais surtout sur le plan religieux : leurs imams sont les continuateurs de la mission de Mahomet, qui a révélé le seul aspect exotérique du Coran110. On estime à 100 millions les shi‘ites dans le monde (environ 10 % des musulmans). Les communautés les plus importantes se trouvent en Iran, en Inde, au Pakistan, en Iraq, en Afghanistan, en Azerbaïdjan et au Liban 111. Les khāridjites (en arabe khawāridj) sont les adeptes d’une « secte » musulmane qui remonte aux origines de l’islam : le kharidjisme, « essentiellement une doctrine d’action, du moins à l’origine ». Progressivement réduits et maîtrisés, […] ils ne forment plus aujourd’hui que des communautés disséminées au milieu des pays sunnites, mais jalouses de leur originalité. C’est que, tout au long de l’histoire du monde musulman, le kharidjisme n’a cessé de jouer un rôle […] sous la forme d’une mentalité et d’un idéal112.

Shi‘ite certes, mais lequel ?

Cette liste de « familles » : duodécimain, imamite, ismaélien, ismaélite, septimain, druze, nosayris, zaydite, nizarite, assassins, khojas, bohras, Sulaymānides, dawādite, mommas, ansariyya (ou alawite ou alaouite ou nusayri)… au sein de la seule grande subdivision shi‘ite de l’islam n’est pas même exhaustive et, certainement, témoigne de l’hétérogénéité des cultures dans le vaste territoire de l’islamisation. Tentons cependant de les passer en revue.  La shi‘a, le shi‘isme, au sens strict du mot, s’applique essentiellement aux fidèles qui professent la foi en la mission des Douze Imams, c’est-à-dire les shi‘ites duodécimains ou imamites113 (de imam : guide, principalement au sens spirituel). « Au sens large, le mot peut désigner une vaste famille en mesure de se réclamer d’une ascendance shi‘ite » : ismaéliens, shi‘ites septimains (différenciés des duodécimains à partir du VIIe Imam) et, « subsidiairement », nosayris et druzes114.

Ces derniers, les Druzes, sont des « arabes du Hauran (Syrie), du Chouf (Liban), de Galilée (Israël) et de Jordanie, appartenant à une secte ésotérique issue de l’ismaélisme. Le calife fatimide du Caire al-Hakim (996-1021) est vénéré par les Druzes comme l’immortelle manifestation de l’Un ultime, et le prêcheur Hamza ibn Ali comme l’imam (guide infaillible) perpétuel. Les dynasties druzes Maan et Chihab jouèrent du XVIIe au XIXe s. un grand rôle politique dans le Liban sous domination ottomane. D’abord alliés aux maronites115, les Druzes entrèrent en conflit aigu avec eux (notamment en 1859-1860). À partir de 1861, ils furent supplantés par les maronites, protégés par la France, au Mont-Liban ottoman autonome, puis dans la République du Grand-Liban sous mandat français (1920-1943) et dans la République libanaise indépendante. Les zaydites, au Yémen – où un imamat héréditaire se perpétua de 893 à 1962 –, forment une branche shi’ite ne reconnaissant que les quatre premiers imams alides116 et forment en quelque sorte transition avec le sunnisme.

Les ismaélites ou ismaéliens (ismaélisme=ismā‘iliyya)117 forment un rameau majeur du shi‘isme qui comporte lui-même de nombreuses subdivisions, telle celle des nizarites, dans le nord de la Perse, qui constitueront le noyau de la secte des Assassins entre les XIe et XIIIe s. Les deux principales communautés ismaéliennes, les Khojas et les Bohras, sont établies à Bombay (Mumbai)118. En dehors du sous-continent indien, les ismaéliens sont implantés dans des pays arabes (Syrie et Yémen), iraniens (Iran, Afghanistan, Tadjikistan), mais aussi en Europe occidentale (Grande-Bretagne, France, Portugal) et en Amérique du Nord (Canada, États-Unis). On possède peu d’informations sur eux dans les pays où la situation politique est instable (Afghanistan et Tadjikistan). En revanche, dans les autres pays, ils semblent bien intégrés même si, comme au Yémen, ils peuvent être parfois la cible des fondamentalistes. Bien qu’ils soient partout minoritaires, les ismaéliens jouent souvent un rôle de premier plan dans les pays où ils résident grâce à leur organisation solide et efficace, et à leur spécialisation dans différentes branches de l’économie119.

Les Ansariyya ou Alawites ou Alaouites ou Nusayri sont une population du djabal Ansariyya, composée de tribus arabophones converties à la doctrine d’Ibn Nusayr (notable de Bassora vivant au IXe s.), de 1,5 million à 2 millions de membres. On les trouve dans les villes de Lattaquié, de Homs et de Hama. C’est sous le nom d’Alawites qu’ils ont constitué un État pendant la période du mandat français en Syrie (1920-1941). Ils jouent un rôle important dans la République arabe syrienne contemporaine120.

Les Alévis, qui forment la variante spécifiquement turque des Alaouites, s’en distinguent en ce qu’ils s’éloignent moins de l’islam shi‘ite traditionnel que leurs homologues arabes de Syrie. Le culte qu’ils vouent à Ali en fait cependant des hérétiques aux yeux des sunnites dont ils eurent, au cours des âges, à subir les persécutions. Aussi, pour se protéger, dissimulent-ils souvent leur appartenance religieuse. Cette prudence (qui se double d’une pratique systématique de la taqiyya [dissimulation] pour toutes les questions touchant à leur dogme) rend difficile leur recensement, mais on estime qu’ils seraient environ 15 à 25 millions121. Il aurait fallu parler également des Sulaymānides, dawādites, mommas, etc.

Khāridjites, et mahdiste ?

On pourra rattacher, sinon aux khāridjites, du moins à leur esprit, le nationalisme berbère qui s’y est appuyé et, surtout, les manifestations du mahdisme d’Afrique blanche et noire, en particulier au Soudan122 avec l’insurrection de 1881, autour de Muḥammad Aḥmad ibn Abd Allah123. Les mahdistes – de mahdi : « celui qui est guidé par Dieu dans la bonne voie » –, prédominants dans le Maghreb, attendent la proclamation d’un mahdi : restaurateur de la justice et de la foi124, qui doit venir à la fin des temps pour purifier la communauté, rassembler les croyants et convertir le monde à la foi musulmane125. Une confrérie musulmane aux croyances mahdistes non orthodoxes, sous l’appellation de Senousis ou Sanusis (en arabe Sanūsiyya), fut fondée par Muhammad ibn Ali al-Sanusi (vers 1859, près de Mestghanem, oasis de Djaraboub), se répandit en Cyrénaïque à partir de l’oasis de Djaraboud, et fut mise en culture par des esclaves affranchis. Elle résista à l’occupation française du Kanem, du Tibesti et du Sahara, lutta contre les Britanniques aux frontières de l’Égypte (1915-1916) et contre les Italiens en Libye (de 1919 ou 1920 à 1930), mais fut dissoute en 1930. Le royaume indépendant de Libye revint en 1951 à Idris Ier, petit-fils du fondateur de la confrérie126.

Sunnite, hanbalite, wahhabite

On note, au sein du sunnisme, l’existence de l’École théologique, morale et juridique islamique hanbalite, issue de l’imam Aḥmad ibn Ḥanbal127, la plus dogmatique et la plus puriste des madhhabs (écoles d’interprétation) de jurisprudence de l’islam sunnite, laquelle jurisprudence est fondée sur une interprétation très littérale et très stricte des textes sacrés128 : Coran et Sunna. Populaire en Iraq et en Syrie jusqu’au XIVe siècle, l’approche juridique hanbalite a repris vie, au XVIIIe siècle, avec le wahhabisme d’Arabie centrale, qui s’est beaucoup inspiré du hanbalite Ibn Taymiyya (1263-1328). Le madhhab hanbalite est encore la doctrine juridique officielle de l’Arabie Saoudite actuelle129. S’y réfèrent donc les wahhabites, membres d’une tendance islamique puritaine née au Nadjd, répandue en Arabie saoudite, en Afrique noire et au Qatar. Le wahhabisme est fondé au XVIIIe s. par Muhammad ibn Abd al-Wahhab qui rallia à lui le cheikh Mohammad ibn Saoud. Cette alliance permit l’installation de la dynastie saoudienne et l’extension du wahhabisme sur une bonne partie de la péninsule arabique. En ligne avec l’école hanbalite, rigoristes, les wahhabites défendent un pur monothéisme, militent pour l’obéissance stricte à la charia et condamnent à la fois le culte des saints des confréries, ainsi que les vaines spéculations des théologiens. Opposés aux shi‘ites accusés de diviniser Ali, ils allèrent jusqu’à détruire les sanctuaires de Kerbala (1802), de La Mecque (1803) et de Médine (1805) et furent battus par les troupes de Méhémet-Ali pour le compte de l’Empire ottoman (1811). Ce n’est qu’au début du XXe s. qu’un descendant de Mohammad ibn Saoud partit à la conquête de l’Arabie, y installa la dynastie saoudienne qui règne encore aujourd’hui et y institua le wahhabisme comme religion officielle130.

Soufi (et marabout et fakir et derviche) : de shi‘ite à sunnite !

Les soufis, représentants de la mystique islamique, montrent des rattachements problématiques aux grandes branches de l’islam. En effet, on aurait pu les rattacher au sunnisme puisque dès le Moyen Âge […,] les premiers auteurs [… du] Xe siècle, ont entrepris de présenter le soufisme comme une tendance religieuse « orthodoxe » se rattachant au sunnisme (sunna)131 et qu’il suscite […] encore des réactions de rejet, dont les initiateurs ont été, à l’époque moderne, la Turquie kémaliste, le réformisme musulman et, d’une façon quasi permanente, le shi’isme132. Pour autant – bien que rejeté par le shi‘isme –, il y compte des précurseurs directs : le soufisme plus tardif, désirant se construire un passé inattaquable, s’efforcera de masquer ce qu’il présentera comme des outrances [… et] reniera, au moins partiellement, ceux qui sont ses précurseurs directs133, tel ‘Abdak, le soufi shi‘ite végétarien de la fin du VIIIe siècle134.

La raison nous semble être que dans l’histoire de l’islam, le soufisme s’est très tôt opposé à la casuistique des théologiens (bien qu’il en respecte scrupuleusement la loi)135. La piété du soufi, faite d’amour et de relation personnelle avec le divin[,] est à l’origine d’un culte mystique intime de Mahomet et de son message136 associé « à l’idée de renoncement au monde (al-zudh-fī al-Dunyā) »137 et « à la recherche de l’anéantissement en Dieu » (fanā’).

La mystique islamique n’a « commencé historiquement [… qu’au] VIIIe siècle. Seuls quelques-uns de ses membres qui avaient pris l’habitude de revêtir le ṣūf (laine ou robe de laine) sont désignés sous le nom de soufis138 (Irak, Syrie, rarement Égypte, jamais en Iran à cette époque) »139. Les premières écoles soufies s’élaborent au IXe s. à Bassora et à Bagdad autour de maîtres réputés comme al-Djunayd et son disciple al-Halladj. À partir du XIIe s. se répandent des confréries (tariqa) où les adeptes (murid) », sont guidés par un cheikh ou murchid dans la pratique du dhikr, qui est l’élément central du rituel soufi140.

Ainsi naissent notamment la Qadiriyya à Bagdad au XIIe s., l’ordre des derviches mawlawi de Djalal al-Din Rumi à Konya au XIIIe s., la Naqchbandiyya en Asie centrale au XIVe s., la Sanusiyya au XIXe s. au Maghreb… Le maraboutisme, essentiellement présent en Afrique du Nord, représente un autre aspect du soufisme, mais la forme dominante en est constituée par les très nombreuses confréries qui jouent encore actuellement un rôle politique et religieux important 141.

Voir apparaître les vocables « derviche » et « marabout », auxquels va maintenant s’ajouter celui de « fakir », requiert quelques explications.

« Marabout » provient de l’arabe murābit, celui qui tient garnison dans une forteresse frontalière : ribat », lieux qui « ont pu servir de refuge à des mystiques solitaires ou à des groupes ». Le mot marabout/murābit, […] ayant perdu toute connotation militaire, est utilisé dans l’ouest du monde islamique pour désigner un personnage vénéré localement ou un chef de confrérie mystique 142.

« Fakir, de l’arabe faqīr, et derviche, du persan darwish, signifiaient tous les deux « pauvre », au sens commun. Les deux termes ont été appliqués aux membres réguliers des confréries mystiques. Il semble maintenant possible de tenter de dresser un tableau de tous ces termes :

Du vraisemblable à l’essentiel

S’il est un sujet critique, issu de ces éléments et qu’il nous semble nécessaire de mieux comprendre, c’est bien cette notion problématique de « peuple », qu’il s’agisse d’un « peuple juif » comme d’un « peuple arabe ».

Une notion de « peuple juif » problématique.

Nous avons vu que les sémites constituaient, certes, à partir d’« un groupe ethnique », un ensemble de « peuples » incluant les Juifs143 et les Arabes, mais que cette notion de peuple était « sujette à contestation », qu’il s’agisse des Juifs144 ou des Arabes145. Que peut-on en penser ?

La définition de « peuple », du latin populus, appelle un ensemble de personnes vivant en société sur un même territoire et unies par des liens culturels, des institutions politiques [communes] 146. Il est clair qu’en ce cas ni l’histoire juive ni l’histoire arabe ne prêche en ce sens.

L’imagerie juive de l’« histoire linéaire » d’un peuple dispersé qui, après deux mille ou deux mille cinq cents ans147 d’exils, d’errances et de persécutions, revient enfin à sa terre promise Canaan en Palestine, est tombée, en particulier durant les années 1980, avec les découvertes de la « nouvelle archéologie »148. D’après Shlomo Sand149, en effet, un grand exode au XIIIe siècle av. J.-C. est impossible – contredit par la « nouvelle archéologie » –, de plus la « terre promise », à cette époque, « était aux mains des Égyptiens », et il n’y a aucune trace de révolte d’esclaves dans l’empire des pharaons, ni d’une conquête rapide du pays de Canaan par un élément étranger 150. Il en va de même des deux « exils », dont le premier, au VIe siècle à Babylone, n’a concerné que « les élites politiques et intellectuelles »151 et le second, en l’an 70, n’a pas eu lieu, les Romains [n’ayant] jamais exilé de peuple sur tout le flanc oriental de la Méditerranée et les habitants de Judée [ayant continué] à vivre sur leurs terres, même après la destruction du second temple 152. Tout au contraire, le judaïsme, de la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à la révolte de Bar-Kokhba, au IIe siècle après J.-C., fut la première religion prosélyte :

Les Asmonéens avaient déjà converti de force les Iduméens du sud de la Judée et les Ituréens de Galilée, annexés au ‘‘peuple d’Israël’’. Partant de ce royaume judéo-hellénique, le judaïsme essaima dans tout le Proche-Orient et sur le pourtour méditerranéen. Au premier siècle de notre ère apparut, dans l’actuel Kurdistan, le royaume juif d’Adiabène, qui ne sera pas le dernier royaume à se « judaïser » : d’autres en feront autant par la suite. Les écrits de Flavius Josèphe ne constituent pas le seul témoignage de l’ardeur prosélyte des Juifs. D’Horace à Sénèque, de Juvénal à Tacite, bien des écrivains latins en expriment la crainte. La Mishna et le Talmud153 autorisent cette pratique de la conversion […].

La victoire de la religion de Jésus, au début du IVe siècle, ne met pas fin à l’expansion du judaïsme, mais elle repousse le prosélytisme juif aux marges du monde culturel chrétien. Au Ve siècle apparaît ainsi, à l’emplacement de l’actuel Yémen, un royaume juif vigoureux du nom de Himyar, dont les descendants conserveront leur foi après la victoire de l’islam et jusqu’aux temps modernes. De même, les chroniqueurs arabes nous apprennent l’existence, au VIIe siècle, de tribus berbères judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint l’Afrique du Nord à la fin de ce même siècle, apparaît la figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui tenta de l’enrayer. Des Berbères judaïsés vont prendre part à la conquête de la péninsule Ibérique, et y poser les fondements de la symbiose particulière entre juifs et musulmans, caractéristique de la culture hispano-arabe. La conversion de masse la plus significative survient entre la mer Noire et la mer Caspienne : elle concerne l’immense royaume khazar, au VIIIe siècle. L’expansion du judaïsme, du Caucase à l’Ukraine actuelle, engendre de multiples communautés, que les invasions mongoles du XIIIe siècle refoulent en nombre vers l’est de l’Europe. Là, avec les Juifs venus des régions slaves du Sud et des actuels territoires allemands, elles poseront les bases de la grande culture yiddish ».

Shlomo Sand, « Comment fut inventé le peuple juif », Le Monde diplomatique, août 2008, p. 3.

Certes, tous ces éléments – qui nous amènent à ajouter « judaïsé » à notre liste d’adjectifs, notion qui avait tout à fait échappée à notre enquête lexicographique – vont à l’encontre des « conceptions essentialistes » et « ethnocentristes » souhaitant démontrer « l’unicité d’origine du ‘‘peuple élu’’ » et faisant « la base de la politique identitaire de l’État d’Israël », tout en alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les Juifs des non-JuifsArabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés, ainsi que le signale Shlomo Sand.

Pour autant, il nous semble que manque dans tout ceci, l’explication essentielle de ce fait irréductible : comment, ou bien plutôt pourquoi, cet ensemble de petites « communautés » – « communautés » remplacera « peuple » de façon plus adéquate – a-t-elle pu passer les millénaires, et ses membres dispersés ont-ils pu continuer à s’y reconnaître ?

C’est que, indépendamment des histoires reconstruites aussi bien que de la vérité des découvertes de cette « nouvelle archéologie », trois éléments au moins ne sont pas apparus au cours de cette étude qui peuvent rendre compte de la perpétuation des communautés juives, malgré leur dispersion et intégrations dans des cultures disparates et des nations diverses à travers les siècles.

Le premier, prosaïque d’une certaine façon mais qui rend possible cette perpétuelle judaïté quel que soit le schéma historique retenu, c’est sa transmission par les mères. Or, on sait l’importance d’une mère154, et les mères juives disposent à cet égard d’une réputation remarquable. Et ce sont bien les mères, mêmes dans les sociétés les plus phallocrates, qui assurent l’éducation, au moins des jeunes enfants155.

Le deuxième élément, c’est l’existence d’un « centre ». La fuite d’Égypte et les deux exils peuvent bien être exagérés, voire même fictifs, l’existence d’un Royaume d’Israël – quand bien même il aura été réduit par le Royaume de Juda – est irréfragable. Et l’on connaît l’importance du « Centre » dans toutes les traditions spirituelles de la terre156. Dans la Qabbalah hébraïque, spécifiquement, la Shekhina en tant que Présence divine habite (shakan) à la fois dans le tabernacle, appelé pour cette raison mishkan, et dans le cœur des fidèles ; de plus le Tabernacle de la Sainteté de Jehovah, la résidence de la Shekinah, est le Saint des Saints, le cœur du Temple, et le temple est lui-même le centre de Sion (Jérusalem), comme la sainte Sion est le centre de la Terre d’Israël, la Terre sainte ; et de même que la Terre d’Israël est le centre du monde157. Avec ses aspects également concrets – des centres théologiques fournissant aux communautés dispersées les textes communs, à certaines époques – il est évident qu’un tel « centre » aura procuré à la diaspora juive sa force centripète infaillible. Le troisième, que l’on vient d’entrapercevoir à l’occasion de cette notion de « centre », c’est la puissance de l’essence du judaïsme. Cet élément nous paraît essentiel et il explique, nous semble-t-il, à lui seul, la perpétuation de communautés nucléiques autour de leur « noyau » symbolique, archétypique, essentiel, métaphysique – ou ce par quoi on voudra désigner cette « essence du judaïsme ». Le Larousse ne s’y trompe pas qui parle d’un « peuple (!) dispersé, [mais] conservé par sa foi, sa Loi, et sa vie spirituelle »158. De là, en tout cas, cette notion de « peuple » contradictoire et superflue, cependant qu’une communauté est compatible et avec son intégration dans des cultures et des nations de tout genre, et avec le maintien de sa propre judaïcité, quand bien même la pratique religieuse devra parfois être réservée à un cadre privé – mais lequel en sera alors un renforcement. C’est aussi de leur réalité ou véracité, sensible, visible, que pourront naître rejets et persécutions de ces communautés.

De la puissance convaincante de cette religion, proviendra, en tout état de cause, les influences sur les autres, le judaïsme servant notamment de type au christianisme et à l’islam. Ainsi pourra-t-on écrire que l’institution la plus importante du culte israélite, la pierre angulaire de ce qui demeure du ritualisme ancien, à savoir le sabbat, la trêve hebdomadaire […] a servi de type au dimanche chrétien comme au vendredi musulman… 159. Si nous ne disposions (d’ailleurs) que du Livre [le Coran] pour connaître les origines des institutions musulmanes, nous ignorerions complètement que le premier çawm imposé aux Croyants fut le jeûne juif du 10 Tichri 160. Dès lors, s’il y a de nouveau une « Nation juive » aujourd’hui, cas unique et combien improbable dans l’histoire des hommes, c’est sans doute, comme le conclut Gérard Nahon, parce que, dès ses origines, l’historiographie hébraïque est nationale : elle constitue même la première définition d’une nation 161.

Une notion de « peuple arabe » problématique.

Il en va de même du « peuple » arabe, si ce n’est qu’on parle ici de langue, plutôt que de religion. De fait, on a bien une « poignée » de nomades du désert d’Arabie qui, forts d’une puissante religion, vont arabiser et, bien davantage encore, islamiser rapidement plusieurs continents. Et transparaît ici « islamisé », adjectif qui, tout comme « judaïsé » précédemment, a également échappé à notre enquête lexicographique initiale (le fait a été relevé, mais le mot n’est pas apparu). On dispose dès lors, avec « christianisé », de la trilogie prosélyte des dits « monothéismes »162. À la différence des communautés juives « nucléiques », lointaine conséquence d’une judaïsation initiale et d’une transmission par les mères dispersées, les conquêtes arabo-musulmanes ont résulté en une arabisation ethnique partielle de certains pays (du Proche-Orient et du Maghreb), une arabisation linguistique plus aboutie (certains pays de la Ligue des États arabes)163 et une islamisation beaucoup plus vaste encore (Iran, Turquie, Indonésie…).

Ainsi, certains – dits abusivement – « arabes » comme les Syriens, les Libanais (pays), de même bien sûr que les Mauritaniens, les Indonésiens (pays) et les Berbères (ethnie et langue), ne sont pas des arabes (ethnie). Les habitants de certains pays membres de la Ligue arabe, ne sont ni arabe (ethnie), ni arabophone : Somaliens164, Mauritaniens, Comoriens, Djiboutiens (en tout cas les habitants Afars et Somalis), en dépit donc de la langue officielle de leur pays. Dès lors, à proprement parler, « arabe » est, actuellement, un référent essentiellement linguistique et politique.

En revanche, si l’on bascule sur le versant « musulman » des conquêtes ethno-linguo-religieuses, on fait face à une « arabisation-islamisation » remarquable qui, en dépit des diversités ethniques et linguistiques des pays conquis aura finalement convaincu un cinquième de l’humanité à l’islam, et ce, à la suite de quelques fougueuses mais courtes décennies initiales.

De même que le judaïsme devait disposer d’une puissante essence pour survivre au moins deux millénaires en communautés dispersées, l’islam dispose de cette puissante essence, qui l’aura rendu à même de réunir en son sein, des populations disparates à tout point de vue. De même qu’il n’apert finalement pas par trop abusif de parler de l’actuel Israël comme d’une « Nation juive », l’islam a été très tôt [également] la religion d’un État, devenu empire en quelques décennies 165 et les nations islamiques actuelles en sont l’écho au moins en cohérence à l’origine.

L’Arabe chrétien israélien

Il nous semble donc devenu possible de traiter de cette locution, avec le recul maintenant acquis sur les idées reçues qu’elle véhicule166.

Les hommes ont des identités complexes : territoriales ou géographiques (palestinien), ethnologiques (sémite), linguistiques (hébreu), religieuses (islamique-sunnite-hanbalite-wahhabite), nationales (israélien), ou combinées : ethno-lingua-politique (arabe), par exemple. Catégories auxquelles il convient d’ajouter les identités sexuelles (homme, femme, enfant), les identités de « préférence sexuelle » (cf. la Gay Pride, où celles-ci sont revendiquées), les professions (où l’on mélange souvent statuts, fonctions, et activités : « ouvriers », médecins, « cadres », cuisinier, « patron », etc.) et tant d’autres.

Dès lors, toute dénomination d’une personne par l’une ou l’autre seulement de ses identités ou, plutôt, de ces catégories, est d’abord une réduction, laquelle renvoie ensuite à des représentations plus ou moins imaginaires. C’est bien ce qu’illustre cette locution : « l’Arabe chrétien israélien », qui en surprendra plus d’un, tant « Israélien » est assimilé à « juif » via « israélite » et « Arabe » à « musulman », de par les États arabomusulmans.

S’il est difficile de ne pas dire « j’ai un ami juif (ou noir) ! » ou bien « j’ai fait mes courses chez l’Arabe du coin », la solution ne nous semble pas résider dans l’emploi de substituts éventuellement « moins chargés » ainsi que le propose quelque dictionnaire, tels « musulman » pour « islamique » ou « israélite » (ou « judaïque ») pour « juif ». On aurait en effet du mal à dire : « j’ai un ami judaïque ! » ou « j’ai fait mes courses chez le musulman du coin ». Non, il nous semble qu’il faille inlassablement utiliser les termes mis à disposition par l’évolution de la langue, prendre bien soin de les choisir selon leur définition, et répandre, diffuser, partager ces définitions (propos essentiel de cet article). Ainsi, si l’on souhaite parler de judaïté – voire de non-antisémitisme –, à propos de cet « ami juif », il peut être judicieux de préciser l’une de ses caractéristiques, celle justement qui correspond au sujet. Dans les autres cas, un ami est un ami et, selon la conversation à suivre à son sujet, il est rarement requis d’indiquer son ethnie, sa langue, sa nationalité, sa profession ou ses préférences sexuelles ! S’en abstenir devient alors une discipline, puis rapidement une habitude, intellectuelle et humaine plus évoluée.

Dans cette locution : l’« Arabe chrétien israélien », on caractérise une personne par sa nationalité (« israélien »), sa religion (« chrétien »), son appartenance ethnolinguistique (« Arabe ») et son genre (masculin). S’il n’y avait le propos de la démonstration, et il est vrai que de telles personnes sont nombreuses en Israël et que « c’est bon à savoir », cette locution, en tant que caractérisation d’un individu, n’a aucun intérêt.

C’est que, outre l’inconvénient de véhiculer des nébuleuses de non-dits, de sous-entendus éventuels, ou de contribuer à répandre l’usage de caractéristiques inessentielles (à la personne comme à la conversation), l’on finit par penser soi-même à l’intérieur, en fonction de catégories prémâchées, schématiques, caricaturales, fausses…167. C’est un véritable enfermement, un frein à penser « plus loin », si ne n’est un frein à commencer à penser, à penser tout court.

S’il reste encore de l’homme la pensée, engageons-nous, chaque jour, dans chaque conversation, à la laisser se développer ! librement !

Notes

  1. Cette liste de 44 adjectifs (parfois substantivés) exclut donc des substantifs comme « judaïsme », « judaïcité » ou « judéité », voire « mosaïsme » et « israélitisme », mais on verra que, traitant de « judaïque », ces notions pourront être explorées. Il en est de même des vocables « Musulmanie », « musulmanisme ». Nous ignorerons les mots, souvent péjoratifs et heureusement obsolètes, comme « juifaillon », « juivaillon », « juiveresse », « juivillon »…[]
  2. Pour traiter de cette question, nous avons fait copieusement appel à la magnifique source lexicale et textuelle mise à disposition en ligne par le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), créé en 2005 par le CNRS et adossé notamment à l’UMR ATILF (CNRS – Nancy Université). Nous avons également consulté le Nouveau Petit Le Robert, Paris, 1995, l’Encyclopædia Universalis 2007 et le site du Larousse encyclopédique.[]
  3. Nouveau Petit Le Robert, site du Larousse encyclopédique ; et d’apr. Lang. Monde 1952 et Encyclop. univ. t. 4, 1969, p.132, mentionné par le CTRTL consulté le 21 mars 2009.[]
  4. Haddon, Races hum., trad. par A. Van Gennep, 1930, p.192 ; CTRTL (21-3-09).[]
  5. Dansel, 1979 ; CTRTL (21-3-09).[]
  6. Les Akkadiens de langue sémitique orientale, empruntèrent [l’écriture cunéiforme] aux Sumériens dans la première moitié du IIIe millénaire, Alarcos-Llorach, Langage, 1968, p.532 ; CTRTL (21-3-09).[]
  7. Genèse 5, 32 ; 9, 26-27 ; 10, 2-5 &  21-31.[]
  8. v. Lang. Monde, 1952, p. XXI ; CTRTL (21-3-09).[]
  9. cf. p. ex. ca 1265, Brunet Latin, Trésor, I, 21, éd. Fr. J. Carmody, p. 34 ; CTRTL (21-3-09).[]
  10. Péladan, Vice supr., 1884, p. 104, Clémenceau, Iniquité, 1899, p. 261, Morand, Londres, 1933, p. 266 ; CTRTL  (21-3-09).[]
  11. La Documentation catholique, t. 39, 1938, col. 1460 ; CTRTL (21-3-09).[]
  12. Neher (A. et R.), Hist. biblique du Peuple d’Israël,t. 2, Paris, Adrien-Maisonneuve, 1962, p. 476 ; CTRTL (21-3-09).[]
  13. Neher (A. et R.), Hist. biblique du Peuple d’Israël, Paris, Adrien-Maisonneuve, t. 2, 1962, p. 368.[]
  14. Gautier, Rom. momie, 1858, p. 339 ; CTRTL (21-3-09).[]
  15. Après la mort de Salomon, une assemblée réunie à Sichem se clôt sur le schisme de dix tribus ralliées à Jéroboam, Roboam, fils de Salomon, ne gardant que Juda et Benjamin avec Jérusalem pour capitale. Deux royaumes hébreux remplacent celui de Salomon : Israël au nord jusqu’en – 722, Juda au sud jusqu’en – 587 ; Nahon Gérard, « Règne de Salomon (-970, -931) », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  16. Neher (A. et R.), Hist. biblique du Peuple d’Israël, Paris, Adrien-Maisonneuve, t. 2, 1962, p. 514 ; CTRTL (21-3-09).[]
  17. Morand, New-York, 1930, p. 177.[]
  18. Par exemple : Ce n’est pas sans raison que nous redoutons, chers amis, le progrès des usages judéens dans l’Empire, France, Pierre bl., 1905, p. 100 ; CTRTL (21-3-09).[]
  19. Grousset, Croisades, 1939, p. 330 ; CTRTL (21-3-09).[]
  20. « Hébreux », A., Remarque a ; CTRTL (21-3-09).[]
  21. Il s’agit là de la première déportation sous Joyakim (597 av. J.-C. ?) suite à la défaite du Royaume de Juda face à Babylone. Au total, cette déportation des Judéens aura été faite en trois fois (la seconde onze ans plus tard, et la troisième cinq ans encore après) selon Jérémie 52, 28-30. Une telle « déportation » en masse est contestée par l’historien israélien Shlomo Sand, cf. Section III.[]
  22. Leroux, Humanité, t. 2, 1840, p. 512 ; CTRTL (21-3-09).[]
  23. Génie du christianisme, ou Beautés de la religion chrétienne,Migneret (1802),t. 1, 1803, p. 544 ; CTRTL (21-3-09).[]
  24. Catane M., Qui est Juif ?, Paris, Laffont, 1972, pp. 21-22 et p. 28 ; CTRTL (21-3-09).[]
  25. CTRTL (21-3-09).[]
  26. Weill, Judaïsme, 1931, p. 19 ; CTRTL (21-3-09).[]
  27. Catane M., Qui est Juif ?, Paris, R. Laffont, 1972, p. 22 ; CTRTL (21-3-09).[]
  28. Neher A. et R., Hist. biblique du Peuple d’Israël, Paris, Adrien-Maisonneuve, t. 2, 1962, p. 570 ; CTRTL (21-3-09). La Chaldée était située entre l’Euphrate et le Tigre. Ses premiers habitants civilisés étaient les Sumers et les Akkads, dits de race touranienne. Du IXe au VIe siècle av. J.-C., ils jouèrent un rôle important en Mésopotamie, en particulier en contribuant à la destruction de l’empire assyrien.[]
  29. Nahon Gérard, « Judaïsme – histoire du peuple juif », Encyclopædia Universalis 2007, c’est nous qui soulignons (« »).[]
  30. Larousse encyclopédique, consulté le 20 mars 2009).[]
  31. Catane M., Qui est Juif ?, Paris, R. Laffont, 1972, p. 30 ; CTRTL (21-3-09) ; c’est nous qui soulignons.[]
  32. CTRTL (21-3-09) qui liste les syntagmes suivants : « Âme, authenticité, condition, culture, histoire, identité, inquiétude, origine, pensée, religion juive ; école, maison, noce, vie juive ; esprit, nom, sang, type juif ; théâtre juif ; état, pays, quartier, temple juif ; théocratie juive ; le problème juif ».[]
  33. CTRTL (21-3-09) qui liste les syntagmes suivants : « Canon juif ; sacerdoce juif ; messianisme, universalisme juif ; Bible, Kabbale, Loi, Tradition juive ; prière juive ; année juive ».[]
  34. CTRTL (21-3-09) qui liste les syntagmes suivants : « Civilisation, religion judaïque ; société, secte judaïque ; âme, esprit, coutume, préjugé judaïque ; (les) Antiquités judaïques (de Flavius Josèphe) », ainsi que ceux-ci : « Monothéisme judaïque ; institutions, lois judaïques » ; « Les rites du culte judaïque », Thierry, Récits mérov., t. 2, 1840, p. 328 ; « L’attente sensible et judaïque du Messie », Vuillemin J., Essai signif. mort, 1949, p. 263 ; CTRTL (21-3-09).[]
  35. Nouveau Petit Le Robert, Paris, 1995, et site du Larousse encyclopédique.[]
  36. Nouveau Petit Le Robert, Paris, 1995.[]
  37. Dumazedier Ripert, Loisir et cult., 1966, p. 296 ; CTRTL (21-3-09).[]
  38. Philos., Relig., 1957, p. 48-8 ; CTRTL (21-3-09).[]
  39. « Lois israélistes » écrit Balzac, Cous. Pons, 1847, p. 130 ; CTRTL (21-3-09).[]
  40. « Bien qu’‘‘israélitisme’’ soit quelquefois employé, ainsi que mosaïsme, pour désigner la religion juive, c’est le mot judaïsme qui est le plus usuel, du moins dans notre pays » ; Weill, Judaïsme, 1931, p. 19 ; CTRTL (21-3-09).[]
  41. CTRTL (21-3-09).[]
  42. Leroux P., Humanité, 1840, p.679 ; CTRTL (21-3-09).[]
  43. Jusqu’aux temps modernes, malgré les querelles, les inégalités de condition et de culture, malgré la diversité des influences ethniques, des climats et des latitudes, malgré l’éclosion de quelques sectes, elle [l’unité d’Israël] a été à peu près sauvegardée dans toute la judaïcité, Weill, Judaïsme, 1931, p. 224 ; CTRTL (21-3-09). 1ère attestation du sens « ensemble des juifs » en 1931 in Weill, op. cit.,p. 8 ; CTRTL (21-3-09).[]
  44. Catane M., Les Juifs dans le Monde,Paris, Albin Michel, 1962, p. 215.[]
  45. Nouveau Petit Le Robert, Paris, 1995. également Lar. encyclop. Suppl. 1975 ; CTRTL (21-3-09).[]
  46. À partir de 1965 in Le Monde, 11 juill. ds Gilb. ; CTRTL (21-3-09).[]
  47. Revue juive de Lorraine,Nancy, juin 1980, p. 6 ; CTRTL (21-3-09).[]
  48. D’après Catane M., Les Juifs dans le monde, 1962, p. 312 ; CTRTL (21-3-09).[]
  49. Heschel A.-J., Les Bâtisseurs du temps, 1957, p. 20 ; CTRTL (21-3-09).[]
  50. Catane M., Les Juifs dans le monde, 1962, p. 109 ; CTRTL (21-3-09).[]
  51. D’après Catane M., Les Juifs dans le monde, 1962, p. 309 ; CTRTL (21-3-09).[]
  52. Roth C., Hist. du peuple juif, trad. par R. Schatzman, 1948, p. 311 ; CTRTL (21-3-09).[]
  53. Heschel A.-J., Les Bâtisseurs du temps, 1957, p. 27 ; CTRTL (21-3-09).[]
  54. Rosenzweig L., La Jeune France juive, 1980, p. 79 ; CTRTL (21-3-09). C’est le personnage « Corinne » qui parle.[]
  55. Schapper D., Juifs et israélites, 1980, p. 29 ; CTRTL (21-3-09).[]
  56. Gugenheim E., Les Portes de la Loi, 1982, p. 179 ; CTRTL (21-3-09).[]
  57. Par exemple Friedlander S., Réflexions sur l’Avenir d’Israël, Paris, P.U.F., 1969, p. 21 ; CTRTL (21-3-09).[]
  58. Catane M., Qui est Juif ?,Paris, Laffont, 1972, p. 57 ; CTRTL (21-3-09).[]
  59. Philos., Relig., 1957, p. 48-13 ; CTRTL (21-3-09).[]
  60. Fleg E., Anthologie juive, Paris, Flammarion, 1951, p. 639 ; CTRTL (21-3-09).[]
  61. Meynaud, Groupes pression Fr., 1958, p. 334 ; CTRTL (21-3-09).[]
  62. CTRTL (21-3-09).[]
  63. Site du Larousse encyclopédique.[]
  64. Weill, Judaïsme, 1931, p. 68 ; CTRTL (21-3-09).[]
  65. CTRTL (23-3-09). Ainsi pouvait-on écrire : L’occupation du littoral palestinien par les Francs apportait dans le commerce intérieur du monde musulman une énorme perturbation, Grousset, Croisades, 1939, p. 68 ; ibidem.[]
  66. CTRTL (23-3-09).[]
  67. cf. Bible 1912 t. 4, col. 1975 et 1976 ; CTRTL (23-3-09).[]
  68. Ernest-Marie Laperrousaz Robert Mantran, « Palestine », Encyclopædia Universalis 2007. Ce magnifique article couvre ce qui touche à la Palestine du paléolithique à l’époque actuelle.[]
  69. Site du Larousse encyclopédique.[]
  70. L’auteur parle en 1977.[]
  71. Baron X., Les Palestiniens. Un peuple, Paris, Le Sycomore, 1977, p. 9 ; CTRTL (23-3-09).[]
  72. Par exemple dans Plaute, Curc., 433 ds TLL s.v., 390, 24 ; mais on trouve également « Arabus » (adj. et subs.) dans Virgile, En., 7, 605, ibid., 390, 53 ; deux références in CTRTL (21-3-09).[]
  73. CTRTL (21-3-09).[]
  74. Nouveau Petit Le Robert, Paris, 1995. C’est nous qui soulignons.[]
  75. Cohen David, « Arabe (Monde) – Langue », Encyclopædia Universalis 2007. C’est nous, de nouveau, qui soulignons.[]
  76. Sans auteur, « Arabe (monde) – Introduction », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  77. Ibidem[]
  78. Cohen David, « Arabe (Monde) – Langue », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  79. Ibidem[]
  80. Sans auteur, « Arabe (monde) – Introduction », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  81. Ibidem[]
  82. Roland, éd. Bédier, 3481 : « Mult ben i fierent Franceis e Arrabit » ; CTRTL (21-3-09).[]
  83. Du Bartas, Ire sem., 1er jour, 168 ds Gdf. Compl. ; CTRTL (21-3-09).[]
  84. Cotgr. ; CTRTL (21-3-09).[]
  85. Pierre Richelet (Dictionnaire) ; CTRTL (21-3-09).[]
  86. Garin le lorr., 1e chans., IX, P. Paris ds Gdf ; CTRTL (21-3-09).[]
  87. « La valor et la bonté De l’arabi vëu avoient », Chr. de Troyes, Cligès, éd. W. Foerster, 3617 ds T.-L. ; CTRTL (21-3-09).[]
  88. On notera, parmi les variétés de la langue arabe, celle appelée « judéo-arabe » et qui comporte les judéo-marocain,  judéo-tunisien, judéo-tripolitain, judéo-yéménite, et judéo-irakien.[]
  89. Cohen David, « Arabe (Monde) – Langue », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  90. Sans auteur, « Arabe (monde) – Introduction », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  91. [Charrière E.], op. cit., p.694 dans Fonds Barbier et Nasser, p.418 ; CTRTL (21-3-09).[]
  92. Ablancourt dans Pierre Richelet (Dictionnaire) : « troupes Musulmanes » ; CTRTL (21-3-09).[]
  93. Belon, Observations…, l. 3, chap.29, fo191 vo) ; CTRTL (21-3-09).[]
  94. [Charrière E.], Négociations de la France dans le Levant, t. 2, p.159 ds Fonds Barbier ; CTRTL (21-3-09).[]
  95. CTRTL (21-3-09).[]
  96. D’Herbelot, Bibl. orientale, p. 501 ; CTRTL (21-3-09).[]
  97. 4e forme (causative) de salima « être sain et sauf » ; CTRTL (21-3-09).[]
  98. CTRTL (21-3-09). Bourlinguer […] dans les établissements des Européens auxquels il sert […] d’intermédiaire plus ou moins avoué dans leurs différends avec les petits et grands chefs mahométans, Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.12 (ibid.).[]
  99. CTRTL (21-3-09). Don Camille en grand burnous arabe tenant à la main le petit chapelet mahométan, Claudel Paul, Le soulier de satin, 1929, 3e journée, 10, p. 818.[]
  100. Gide André, Si le grain ne meurt, 1924, p. 567 ; CTRTL (21-3-09).[]
  101. C’est le point capital du mahométanisme de mettre le bonheur dans la stupidité. […] encore un barbarisme ! […] On dit mahométisme […]. Il fallait me lever pour prendre un dictionnaire, Et j’avais fait mon vers avant d’avoir cherché, Musset Alfred de, Namouna, 1832, p. 415 ; CTRTL (21-3-09).[]
  102. Site du Larousse encyclopédique, « islamisme ».[]
  103. Ibidem[]
  104. cf. Laoust Henri, Les Schismes dans l’Islam ; Arnaldez Roger, « sunnisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  105. Arnaldez Roger, « sunnisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  106. La Boullaye Le Gouz, Voyages et observations, p. 538 : Sonni est un mot de Loy, dont s’appellent tous les Mansulmans qui ne sont pas de la secte des Persans ; CTRTL (21-3-09).[]
  107. Encyclop. t. 15, p. 359a : « les Sonnites […] les Arabes sont sonnites » ; CTRTL (21-3-09).[]
  108. Melon J. F., Mahmoud le Gasnévide, p. 78 : « les Sunnites et les Alides » ; CTRTL (21-3-09).[]
  109. Corbin Henri, Richard Yann, « shi‘isme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  110. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  111. Ibidem[]
  112. Arnaldez Roger, « kharidjisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  113. Corbin Henri, Richard Yann, « shi‘isme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  114. Ibidem[]
  115. L’Église maronite (du monastère de Saint-Maron, près d’Antioche, en Syrie) est constituée au VIIIe s. en patriarcat autonome, puis se rattache à l’Église de Rome au XIIe s. Elle compte environ un million de fidèles. Si la langue liturgique est le syriaque ou l’arabe, l’Église maronite, qui est l’élément essentiel du christianisme libanais, n’en a pas moins subi une forte latinisation, notamment lors du mandat français. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  116. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  117. Du nom du dernier imam qu’ils admettent : Ismaïl, mort vers 760 ; Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  118. Boivin Michel, Yahia Osman, « Ismaélisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  119. Boivin Michel, Yahia Osman, « Ismaélisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  120. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  121. Ibidem[]
  122. Boivin Michel, Yahia Osman, « Ismaélisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  123. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  124. Ibidem[]
  125. Thoraval Yves, « mahdisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  126. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  127. Ibidem[]
  128. Thoraval Yves, « hanbalite (École) », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  129. Ibidem[]
  130. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  131. Jacqueline Chabbi, « soufisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  132. Ibidem[]
  133. Ibidem[]
  134. cf. Massignon, Essai, 61 ; Jacqueline Chabbi, « soufisme », Encyclopædia Universalis 2007. C’est la fin tragique d’Al-Halladj qui va mettre un point final à la mystique de la rupture. Les survivants du mouvement, échappés aux persécutions consécutives à l’exécution, aussi bien que les autres soufis, soit qu’ils demeurent en Irak, soit qu’ils se répandent en diverses contrées (surtout en Iran), n’auront de cesse qu’ils n’obtiennent pour le soufisme un statut de mouvement reconnu et intégré à l’orthodoxie sunnite, tout en gardant certaines spécificités. Ils ne pourront le faire qu’en modifiant quelque peu le passé de leur mouvement, et en se cantonnant dans une discrétion qui consiste notamment à ne tenir de propos d’une haute spiritualité qu’à ceux qui sont préparés à les entendre, en respectant, donc, les hiérarchies sociales et culturelles (ibidem).[]
  135. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  136. Ibidem[]
  137. Jacqueline Chabbi, « soufisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  138. On trouve initialement (1511) sophy par exemple chez Lemaire de Belges J., Prologue de l’histoire moderne, du prince Syach Ismail, dit Sophy Arduelin ds Œuvres, éd. J. Stecher, t. 3, p. 201 : « Et pource qu’en langue Arabique la laine se nomme Sophy, ceux de ladite secte sont appellez Sophy ; voire zofilar (-lar étant la terminaison plurielle du turc), en 1600 ; sophi en 1654 chez Du Loir, Voyages, p. 145 : « les devots qu’ils appellent Sophis » ; sofi en 1694 chez  Galland A., Les paroles remarquables, les bons mots et maximes des Orientaux, p. 111 dans Nasser Thèse compl., p. 157 :  « les Sofis » ; et enfin soufi en 1751 dans l’Encyclopédie,t. 1, p. 752b : « les Soufis Persans » ; CTRTL (21-3-09).[]
  139. Ibidem[]
  140. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  141. Ibidem[]
  142. Jacqueline Chabbi, « soufisme », Encyclopædia Universalis 2007. C’est nous qui soulignons.[]
  143. Par exemple : « Les Juifs primitifs étaient un peuple sémite », Haddon, Races hum., trad. par A. Van Gennep, 1930, p. 44 ; CTRTL (21-3-09).[]
  144. Nahon Gérard, « Judaïsme – histoire du peuple juif », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  145. On parle alors davantage d’un « groupe ethnolinguistique ».[]
  146. Nouveau Petit Le Robert, Paris, 1995 et site du Larousse encyclopédique. C’est nous qui soulignons ces trois éléments.[]
  147. Selon que l’on considère la destruction du premier temple (VIe s. av. J.-C.) ou celle du second (en 70).[]
  148. Shlomo Sand, « Comment fut inventé le peuple juif », Le Monde diplomatique, août 2008, p. 3.[]
  149. Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv.[]
  150. Shlomo Sand, ibidem.[]
  151. « De cette rencontre décisive avec les cultes perses naîtra le monothéisme juif » ; Shlomo Sand, « Comment fut inventé le peuple juif », Le Monde diplomatique, août 2008, p. 3. Wikipédia (sans auteur) écrit à ce sujet dans l’article « Exil à Babylone » cette belle formule : L’Exil aurait, semble-t-il, été un traumatisme majeur pour les Exilés, qui auraient dû réinterpréter leur identité et leur religion sans Temple, sans roi et sans terre (consulté le 25 mars 2009).[]
  152. Shlomo Sand, ibidem.[]
  153. La Mishna, considérée comme le premier ouvrage de littérature rabbinique, a été achevée au IIe siècle de notre ère. Le Talmud synthétise l’ensemble des débats rabbiniques concernant la loi, les coutumes et l’histoire des Juifs. Il y a deux Talmud : celui de Palestine, écrit entre le IIIe et le Ve siècle, et celui de Babylone, achevé à la fin du Ve siècle.[]
  154. On dit en Inde qu’un père vaut cent gurus, et qu’une mère vaut mille pères.[]
  155. Outre « la cuisine : l’église et les enfants ! » (Kinder, Kirsche, Küche !), disait-on en Allemagne, mais cette formule aura convenu à probablement tous les pays d’Europe.[]
  156. Cf. notre Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens, en regard des traditions hindoues, islamique, judaïque et taoïste, imprimatur du diocèse de Paris, Préfaces du P. Michel Dupuy et de Mgr Dubost, évêque d’Évry-Corbeil-Essonne, Postface de Jean Borella, L’Harmattan, 2005.[]
  157. Cf. notre Initiation à la métaphysique, Les trois songes, Préface de Michel Cazenave, L’Harmattan, 2009.[]
  158. Site du Larousse encyclopédique, s.v.[]
  159. Weill, Judaïsme, 1931, p. 145 ; CTRTL (21-3-09).[]
  160. Bousquet G.-H., Prat. rit. Islam, 1949, p. 53 ; CTRTL (21-3-09).[]
  161. Nahon Gérard, « Judaïsme – histoire du peuple juif », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  162. Cette dénomination « monothéisme » est une catégorie discutable ; cf. notre article « ‘‘Monothéismes’’, ‘‘religions du Livre’’, ‘‘mentalités prélogiques’’, ‘‘gnosticismes’’ et autres catégories discutables ».[]
  163. C’est la langue officielle de 22 états du Proche-Orient : Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Irak (avec le kurde), Israël (avec l’hébreu), Jordanie, Koweït , Liban, Oman, Qatar, Syrie, Yémen, et d’Afrique : Algérie, Comores (avec le comorien et le français), Djibouti (avec le français), Égypte, Libye, Maroc, Mauritanie, Somalie (avec le somali), Soudan (avec l’anglais), Tchad (avec le français), Tunisie (auxquels pays on pourrait ajouter l’Érythrée où l’on parle arabe mais qui est sans langue officielle). Si l’on remplace, dans cette liste, Israël par la Palestine, on obtient la liste des 22 pays de la Ligue des États arabes.[]
  164. Les Somaliens sont des Hamites ; site du Larousse encyclopédique, s.v. et « Hamites (ou Chamites), [est une] appellation qui inclut aussi les Berbères, les Touareg et les anciens Guanches des Canaries », Maquet Jacques, « Galla et Somali », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  165. Chabbi Jacqueline, « soufisme », Encyclopædia Universalis 2007.[]
  166. Il est vrai que nous n’avons pas ici traité de « chrétien », qui sert surtout à diversifier cette dénomination et à renforcer la démonstration. Il serait certainement utile de le faire, tant des réalités comme les croisades ou l’inquisition, par exemple, prêtées abusivement à la seule Église catholique, s’avèrent, dès qu’on les étudie d’un peu plus près, des démarches principalement opérées par des pouvoirs politiques non religieux, à des fins non religieuses. On pourrait ici mentionner le raccourci abusif et manipulatoire consistant à parler de lutte entre catholiques et protestants, lorsqu’il s’agit d’une lutte entre « envahis irlandais » et « envahisseurs anglais » – on note ici le primat du politiquement correct sur la réalité –, sans oublier le mythe galiléen d’une science martyrisée par un obscurantisme religieux, etc. Ce dernier point a déjà été traité et la vérité des choses rétablie (par exemple : Borella Jean, La crise du symbolisme religieux, rééd. L’Harmattan, 2009), mais il s’en faut que l’imagerie collective soit au fait de la réalité.[]
  167. cf. l’article « ‘‘Monothéismes’’… et autres catégories discutables ».[]