Du grec ancien « anthropos » (homme), « anthropique » qualifie ce qui est lié à l’homme, à ses activités, ou à sa perspective. Ainsi, en cosmologie ou en physique théorique, le « principe anthropique » suggère que l’univers serait « réglé » en faveur de l’émergence de la vie humaine. En écologie, l’« impact anthropique » peut décrire l’influence directe de l’activité humaine sur l’environnement. En philosophie, une « perspective anthropique » indique une compréhension du monde centrée sur l’homme.

En particulier

Ce terme ouvre alors sur une double problématique : celle de la mesure de l’humain dans l’ordre cosmique, et celle des limites de son point de vue. D’un côté, l’homme apparaît comme la condition même de toute connaissance : c’est par lui que le monde devient pensable et signifiant. De l’autre, cette centralité risque de dériver en anthropocentrisme, c’est-à-dire en une réduction de toute réalité à la mesure humaine. L’approche anthropique devient ainsi ambivalente : elle est à la fois reconnaissance d’une position singulière dans l’univers et avertissement contre l’illusion d’une suprématie.

Dans les sciences physiques contemporaines, le « principe anthropique faible » se borne à constater que les constantes cosmologiques doivent être compatibles avec l’existence d’observateurs conscients. Le « principe anthropique fort », plus spéculatif, postule au contraire que l’univers a les propriétés nécessaires à l’émergence de la vie. Ces hypothèses ont suscité d’intenses débats à la frontière de la cosmologie, de la métaphysique et de la théologie, certains y voyant une reformulation scientifique de la question du dessein ou de la finalité du monde.

En définitive, la notion d’« anthropique » engage une réflexion sur la place de l’homme : non plus seulement comme mesure de toutes choses, mais comme témoin d’un ordre qui le dépasse et auquel il participe à la fois.

Pour en savoir plus

  • Platon, Timée (sur la relation entre le cosmos et l’âme humaine, reflet microcosmique de l’ordre universel), – Aristote, Métaphysique, XII (l’homme comme être pensant participant de l’intellect divin)
  • S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q. 93 (sur l’homme créé à l’image de Dieu – imago Dei -, centre du monde visible mais ordonné à un principe supérieur)
  • Bruno Bérard, Métaphysique pour tous (Paris, L’Harmattan, 2021) ; trad. angl. Metaphysics for Everyone ; trad. it. Sui sentieri della metafisica ; trad. esp. ¿Qué es la metafísica? ; trad. all. Was ist Metaphysik? (sur l’articulation entre point de vue humain et principe métaphysique universel).